78 anniversaire de la manifestation du 11 novembre 1940

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1ère édition de l’article: 7 novembre 2015

Il y a 78 ans, le 11 novembre 1940, plusieurs milliers de lycéens et d’étudiants se rassemblent à l’Etoile, c’est un des premiers actes de résistance à l’occupation nazie, c’est la première mobilisation de masse qui voit encore une fois la jeunesse à l’avant-garde de l’action.

L’histoire des « années noires » est importante pour donner son sens à la commémoration ? Il faut rappeler au delà du symbole que divers furent les acteurs comme plurielles leurs motivations. Depuis leur naissance le Germe comme la Cité des mémoires étudiantes ont mené des recherches, confronté la mémoire et les documents, sont allés aux sources. Voici un état des lieux de ce qui a été fait, et l’on devine le vaste chantier qui demeure.

Sur la manifestation du 11 novembre 1940

Notre ami Alain Monchablon est allé aux sources, revu les témoignages, pour reconstituer ce que put être l’histoire de cette manifestation. D’abord à l’occasion de notre colloque de novembre 2010, dans Libération du 10 novembre 2010  Et surtout dans une étude approfondie « La manifestation à l’Étoile du 11 novembre 1940 » publié dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 110, juin 2011, p67-83; étude qui fair référence. Le tract manuscrit bien connu, non signé, conservé à la BDIC a lui-même une histoire : « Un tract en quete d’auteur »  histoire qui doit beaucoup au travail des «  Bibliothecaires de la BDIC sous l’occupation » détaillé par Anne-Marie Pavillard dans le même numéro de la revue Materiaux pour l’histoire de notre temps.

L’on se réferera aussi à l’exposition du Germe de 2004 avec un rapport de la Préfecture de police de Paris sur les manifestations du 11 novembre, 11 novembre 1940 Archives de la Préfecture de Police de Paris, B/A 2361, dossier «  rapport année 1940 »  Et aux articles dans la presse clandestine, tels celui de La Vérité du 15 novembre 1940.

Commémorations

commemo 11 nov 1943Dès 1941, le 11 novembre 1940 est commémoré sous l’occupation, puis à de nombreuses reprises après la Libération.

Sous l’occupation chaque année tracts, presse clandestine – par exemple L’Etudiant patriote  ne cessent de rappeler cet acte fondateur, occasion de mobiliser pour des lancer de tracts, des inscriptions murales, des rassemblements rapides.

La guerre n’est pas encore terminée, mais c’est dès 1944, dans Paris Libéré que le 11 novembre est choisi pour manifester et tenir le congrès extraordinaire de l’UNEF. D’un 11 novembre à l’autre, il y a 70 ans le congrès extraordinaire de l’UNEF ». Le13 novembre 1944, Capitant, ministre de l’Education nationale du gouvernement provisoire, y prononce un discours.  Un Protocole d’accord est passé entre l’UNEF et l’UEP. (reproduit dans Les Cahiers du Germe n° 1, 1996; et dans Naissance d’un syndicalisme étudiant, Syllepse, 2006).   Scapin, le journal de l’AGE de Poitiers, rend compte du congrès (reproduit dans les Cahiers du Germe trimestriels n° 6, 1997)

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Sans date, circa 1949

Après la guerre l’histoire se transforme en mémoire : huit ans plus tard un « Comité des anciens » était constitué en 1948. Le parti communiste était soucieux d’apparaître comme l’instigateur de cette manifestation patriotique. Le GERME et la Cité des mémoires étudiantes, à l’aide des documents redécouverts par Paul Bouchet dans ses archives,  ont réuni les acteurs et témoins de ce comité et du 11 novembre 1948 le 30 mars 2011 (voir plus bas)

En 1954 René Coty inaugure une plaque 156 avenue des Champs-Élysées, à l’angle avec la place de l’Étoile :« Le 11 novembre 1940 devant la tombe de l’Inconnu les étudiants de France, manifestant en masse, les premiers résistèrent à l’occupant ». En 2010, semblant ignorer la plaque de son précesseur Coty, Nicolas Sarkozy en inaugure une autre sous l’Arc de trimphe : « En hommage aux lycéens et étudiants de France qui défièrent l’armée d’occupation nazie le 11 novembre 1940 au péril de leur vie »

Sur les étudiants et l’UNEF pendant la guerre :

Dossiers et articles

Dossier du n° 25 des Cahiers du Germe avec articles et documents : « L’UNEF, les étudiants pendant la guerre de 1939-1945 et sous l’occupation: attentismes, collaborations et résistances ». Contributions : Robi Morder : « L’UNEF des années noires, dix ans après, état des lieux, état des débats ». Alexandra Gottely : « La correspondance de l’UNEF pendant la Seconde guerre mondiale : une vue d’ensemble ». Stéphane Merceron : « L’UNEF des années noires ». Didier Fischer : « Les étudiants et la Résistance ou les itinéraires d’une refondation ».  Philippe Mezzasalma : « De la défense du parti à la Résistance : itinéraires de jeunes militantes communistes ». Jacques Varin : « De la Résistance au syndicalisme étudiant ». Témoignages et documents : Deux discours de Louis Laisney. Une lettre de François de Lescure. Souvenirs de Colette Bloch-Sellier. Notes de Marcel Bleibtreu. « La question juive », rapport Gillot et motion, 18 avril 1941. Discours d’Abel Bonnard, 3 mai 1943. Compte rendu du congrès de l’UNEF, 4 avril 1945 (Extraits). Membres de la direction nationale de l’UNEF, 1938-1945.

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Journal de l’AGE de Toulouse. 1940

Demande d ’autorisation pour l’UNEF d’éditer une affiche sur le STO;(Voir le document et la note Monchablon dans Cahiers du Germe n° 17, 2001)

Dans les archives de la FSEF une série de documents de la période ont été publiés dans les Cahiers du Germe n° 29  Ce qui a permis à Didier Fischer et Robi Morder d’écrire une partie sur la période dans La fondation santé des étudiants de France au service des jeunes malades depuis 1923 (extraits).

Dans Matériaux 74 « Jeunesses et engagements d’un mai à l’autre (Frnce 1936-1968) « Jeunesses maréchaliste et collaborationniste dans la France de Vichy »

Sans oublier évidemment les lycéens, sujet évoqué par Cécile Hochard dans « Les lycées de Paris et de la région parisienne de 1938 à 1947 » (Cahiers du Germe n° 21-22-23, 2002).

Lectures,

Barreau, Jean-Michel, Vichy, contre l’école de la République, Paris, Flammarion, 2001.  Note Fischer.

Dereymez, Jean-William, (Dir.), préface de Bedarida, François, Etre  jeune en France, 1939-1945 L’Harmattan ( collection « mémoires du XXème  siècle ») 2001 , 352 p. Note Monchablon.

Maigron Gilles. Résistance et collaboration dans l’Université de Paris sous l’occupation, 1940-1944. Mémoire de maîtrise sous la direction de Michelle Perrot. Paris VII 1992/1993, 229 pages. Présentation par l’auteur. Voir critique dans le dossier du n° 25.

Mathieu Georges, La Sorbonne en guerre, 1940-1944, note Monchablon

Muracciole, Jean-François, Les Enfants de la defaite, la Résistance, l’éducation et la culture,  Paris, FNSP, 1998. Note Monchablon

Singer, Claude L’Université libérée, l’Université épurée (1943-1947), Les Belles lettres 1997, note Monchablon.

Tandonnet, Maxime, 1940, Un autre 11 novembre, éd. Tallandier, 253 p., 2009. Note Monchablon.

Biographies 

Liste des membres de la direction nationale de l’UNEF 1938-1945

Laisnet entre Madden et Rostini

De droite à gauche : Pierre Rostini, Louis Laisney et puis Tom Madden à Prague en 1945.

Personnes : Pierre Daix  François de Lescure Louis Laisney Yves Moreau Pierre Rostini Paul Bouchet

Séminaires, journées d’études, colloques :

1° avril 1998, Université libérée, université épurée, séminaire avec Claude Singer  « Une vingtaine de participants au débat organisé par le Germe avec la participation de Claude Singer, auteur du livre, de Pierre Rostini ainsi que d’un témoignage projeté de M. Schapira, étudiant à Alger et victime des persécutions antisémites de l’Etat  et de l’AGEA ». (Cahiers du Germe n° 7/8, 1998).

7 avril 1999 « avec Stéphanie Mechine Rectorat de Paris Le 7 avril, c’est dans les locaux du CHEVS de la FNSP que Stéphanie Méchine et d’autres ont présenté une communication sur les archives du Rectorat de Paris concernant la période de l’occupation, Gilles Maigron revenant sur son mémoire de maîtrise : Résistance et collaboration dans l’Université de Paris, en présence de Monique Cournaert, de l’association Mémoire des étudiants résistants ». (Cahiers du Germe n° 10, 1998).

28 novembre 2001 « Résistances lycéennes »,( présentation par Robi Morder, Cahiers du Germe n° 21, 2002). « Ce premier séminaire de l’année universitaire tenu à la BDIC de Nanterre e 28 novembre, a ouvert un chantier, notamment en ce qui concerne la période de l’occupation. En effet, l’introduction de Jacques Varin a bien posé la question : s’il y a eu nombre de lycéens résistants (et beaucoup d’exemples ont été donnés), peut-on parler d’une résistance lycéenne[1]. Il y a donc à continuer d’une part le travail de collecte de témoignages (comme le font des associations telles « Mémoire des étudiants résistants »[2] dont une des animatrices, Mme Bourechliev, était présente, ou l’Association du 11 novembre 1940 [3]), de documents et d’archives mais aussi à dégager des problématiques et des perspectives. Il y a eu des témoignages rapportés par Robi Morder, qui avait interrogé Georges Suffert, élève au lycée Saint-Louis et Igor de Schötten, élève à Jeanson de Sailly comme par Sonia Combes qui avait rapporté un témoignage recueilli à New York mais dans le cadre d’une interview enregistrée au titre d’ancienne déportée. Notons qu’il y a souvent des témoins que nous « ignorons » comme lycéens résistants.. faute de leur avoir posé la question. Ainsi, Paul Bouchet, nous l’invitons souvent comme étudiant sur la période de la Libération et de la Charte de Grenoble, alors que nous le délaissons comme lycéen résistant… De même, c’est le titre du séminaire qui a fait réagir Georges Hadacek, que nous côtoyons régulièrement comme membre de l’association des anciens de l’UNEF. Il nous a ainsi appris qu’il avait été lycéen à Nice dans la période, et qu’il existe même une association locale intitulée… « résistances lycéennes ». D’autres personnes, qui n’avaient pu se déplacer, ont néanmoins écrit soit au GERME, soit à la BDIC pour manifester leur disponibilité et leur intérêt à participer à ce travail. M. Michel DENIS a quant à lui témoigné directement de son « 11 novembre » lycée, et de son engagement dans la résistance. M. Levert, co-auteur de Un lycée dans la tourmente, a exposé le travail effectué à partir des archives du lycée Jean-Baptiste Say.

Le 11 novembre 1940 peut faire l’objet, en tant que moment, d’approches pluridisciplinaires. Bien évidemment, une approche historique (moment en tant que tel, et moment dans la période), mais aussi sociologique. Qui sont ces lycéens qui manifestent ? Quelles « prédispositions » sociales, familiales ? Quelles comparaisons (et donc différences) entre les lycéens (80 à 85% des manifestants) et étudiants, plus « organisés ». Du point de vue de la sociologie et de la science politiques on peut examiner l’organisation même de ce 11 novembre : comment l’idée naît (et ce à plusieurs endroits à la fois), comment elle se propage (entre autres par tracts/papillons comme par la circulaire rectorale qui déconseille, interdit et en même temps… informe), comment des organisations encadrent peu ou prou des masses qu’elles n’ont pas mis forcément en mouvement., bref, classique articulation entre « spontanéité » et « organisation ».

Tout ceci permet en tous cas de reprendre le projet – mis entre parenthèses pendant trois ans – d’une exposition, avec les archives du Rectorat de Paris et Stéphanie Méchine, dont une partie des premiers éléments fait l’objet d’une « exposition virtuelle » sur notre site internet.

Venant après la contribution de S. Merceron, le débat organisé autour du livre de Claude Singer, et le séminaire tenu au CHEVS, ce séminaire est une nouvelle étape dans la perspective de travaux et publications sur l’UNEF, les étudiants et les lycéens dans la guerre et la résistance.

22 novembre 2010 Journée Cité des mémoires étudiantes, Germe au Conseil régional d’Ile de France : « Revisiter le 11 novembre 1940 : étudiants, lycéens et résistance » (voir programme) préparée par un Comité scientifique[6] Photos sur le site de la Cité des mémoires étudiantes

 30 mars 2011, ateliers « Archives et mémoires étudiantes », à la Maison des initiatives étudiantes à Paris, autour du 11 novembre 1948, avec Paul Braffort, Henri Becker, Yvan Denys et autour du mouvement étudiant à la Libération (voir dossier dans le n° 29 des Cahiers du Germe).

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En 2004, une exposition sur le site du Germe inaugurée à la Mairie du 3ème arrondissement le 25 août 2004 à l’occasion du 60ème anniversaire de la Libération de Paris. (Présentation par Jean-Philippe Legois dans les Cahiers du Germe n° 25, 2005).

« L’exposition multimedia «Facultés et lycées dans l’Académie de Paris, entre résistance et collaboration » A partir d’une période charnière de notre histoire et de notre mémoire collective, celle de l’Occupation, nous avons proposé de faire découvrir de nouvelles formes multimedia d’écriture de l’histoire et d’inviter différents publics au voyage dans le temps à travers plusieurs parcours au sein de notre patrimoine étudiant, lycéen et universitaire [7].

Nous avons mené un «travail de mémoire» sur les enseignants, étudiants, élèves et personnels administratifs des lycées et universités de l’ «Université de Paris» (au sens d’Académie de Paris) qui ont résisté, chacun à son niveau et selon ses moyens, à l’occupant nazi – «travail» que Paul Ricoeur – qui vient de disparaître- a distingué du «devoir de mémoire» et qui permet d’allier hommage et distance historique.

A l’instar du DVD de l’AERI sur la résistance en Ile-de-France, et sans prétendre aucunement à l’exhaustivité, l’équipe de cette exposition virtuelle a souhaité offrir aux citoyens d’aujourd’hui quelques éclairages sur cette période et inviter la communauté scientifique à exploiter et découvrir d’autres sources.

Nous proposons enfin à chacun(e) d’enrichir cette exposition virtuelle

On le voit, les « ‘’mémoires vives étudiantes’’ en Ile-de-France » ne demandent qu’à s’épanouir encore davantage ! Ces premiers projets ont permis d’approfondir certains chantiers, d’en lancer d’autres et d’expérimenter une nouvelle forme de valorisation de cette mémoire collective. Une aventure à renouveler et à développer ! »

[1] Jacques Varin n’a trouvé au cours de ses recherches qu’une seule feuille spécifiquement lycéenne, intitulée « combat lycéen », mais bien entendu d’autres publications parlent des lycéens.

[2] Mémoire des étudiants Résistants récolte et publie des témoignages, et participe à des initiatives dans les lycées. Cette association organise chaque année, devant la statue des martyrs du lycée Buffon, une cérémonie aux a du 8 mai. 14, rue du Pré aux Clercs, 75007 PARIS.

[3] Cette association a recolté des témoignages reproduits dans un CD audio

[6] Alya Aglan (ISP), Jean Pierre Azéma, Cécile Hochard(GERME), Jean-Philippe Legois (Cité), Marina Marchal (Cité), Alain Monchablon (GERME), Robi Morder (GERME), Olivier Wievorka (ISP)

[7] Equipe de rédaction : Caroline Chalier, Didier Fischer, Cécile Hochard, Jean-Philippe Legois, Jean-Pierre Levert, Stéphanie Méchine, Alain Monchablon, Robi Morder. Avec la participation d’Alexandra Gottely. Avec l’aimable appui d’Elodie Jauneau, Claude Singer et Jacques Varin et le premier concours de Monique Coornaert, Sylvie Lavallée, Miriam Rouveyre et Bernard Vuillet. Conception et réalisation multimedia : Caroline Chalier & l’équipe d’Atelier @lternet.
Avec l’aimable concours et l’autorisation des Archives de la Préfecture de police de Paris, des Archives du rectorat de Paris, de la Bibliothèque de la Sorbonne, de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) de Nanterre, du Centre historique des Archives nationales (CHAN), du Lycée Jean-Baptiste Say, du Musée de la Résistance nationale de Champigny ainsi que de Messieurs Le Coeur et Yor et de Mesdames Delange-Guyot, Rajon et Zazzo que nous remercions.

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Autres sites à visiter

Une vidéo : « 2e Guerre Mondiale – Les rebelles du 11 novembre 1940 (France) »

Sur le site de la Fondation de la Résistance, un dossier thématique.

Sur un site du ministère de l’Education nationale et de la Recherche (réseau Canope) : « lycees dans la resistance »

Sur le site du Musée de la résistance

Sur le site ministère de la défense « Le 11 novembre 1940 : un rassemblement contre l’occupant »

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