Quand les lycéens prenaient la parole

quandleslyceens800Voici l’introduction du livre de Didier Leschi et Robi Morder, Quand les lycéens prenaient la parole: les années 68, Paris, Syllepse, collection Germe, 2018. Il a été présenté le 24 mai 2018 au lycée Turgot de Paris avec d’autres contributions de l’association des anciens élèves.

UNE DÉCENNIE D’ENGAGEMENTS LYCÉENS

« La nouvelle génération vient de nous prouver qu’un nouveau militantisme était né, supérieur à tout ce que nous avions connu : par leurs qualités intellectuelles et morales les militants forcent l’attention de leurs camarades, et le respect. C’est un élément en tout cas avec lequel il faut compter désormais dans les lycées », Michel Winock, « Les lycéens », Esprit, n° 11, 1968.

« C’est parce que les travailleurs cherchaient à réunir en un faisceau leurs luttes fragmentées et à leur donner une direction, non parce qu’ils visaient la conquête du pouvoir par l’action politique, que les premiers soviets firent leur apparition », Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie, Gallimard, 1972.

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui la surprise qu’a créé l’irruption de la jeunesse lycéenne sur la scène sociale et politique en 1968, tant les mobilisations des élèves du secondaire font désormais partie du paysage. Que les étudiants manifestent, cela était dans un certain « ordre des choses », et de longue date, mais que ces adolescents manifestent, fassent grève, occupent leurs établissements était inédit. Il y eut réprobation, des pouvoirs publics et aussi de parents, de professeurs. Même chez les progressistes, l’on sentit du paternalisme. On pouvait glorifier le Gavroche de Victor Hugo, mais il était difficile de prendre au sérieux les potaches. Que le grand Duduche chahute, oui, mais qu’il fasse de la politique, qu’il prenne son présent et son avenir en main, n’était-il pas trop jeune pour cela ? Certes, l’on avait le droit d’être exploité dès 16 ans, mais la majorité était encore à 21 ans. Continue reading ‘Quand les lycéens prenaient la parole’

Retours sur des mouvements lycéens

tout deshayes 1971Retours sur quelques mouvements lycéens visités par les Cahiers du Germe: « Affaire Guiot » en 1971, dans le mouvement des retraites en 2010, liens vers nos articles sur les Comités d’action lycéens de 1968, etc.

Février-mars 1971 : mouvements lycéens et répression

Publié dans Les Cahiers du Germe n° 29 2010/2011

DOCUMENT : MOUVEMENTS LYCEENS IL Y A QUARANTE ANS… déjà avant les « flash ball ».

En février 1971, une manifestation du « Secours rouge » en soutien à la grève de la faim de militants emprisonnés, est interdite. Elle se tient tout de même, mais Place Clichy, à côté du lycée Chaptal, est violemment reprimée par les « brigades spéciales » de la police, qui tirent à l’horizontale des grenades anti-manifestants. Richard Deshayes – qui a rédigé le manifeste du « Front de libération de la jeunesse » (« on n’est pas contre les vieux, mais contre ce qui les a fait vieillir) est énuclée. Une affiche est imprimée : « ils veulent tuer ».

Un élève de math’sup du lycée Chaptal, Gilles Guiot, a le tort de sortir de l’établissement à la même heure. Il est arrêté et la procédure de « flagrant délit » (sans avocat) lui est appliquée. Il est condamné à de la prison ferme.  Aussitôt l’émotion gagne son lycée : élèves, profs, parents, administration protestent. Continue reading ‘Retours sur des mouvements lycéens’

Vient de paraître « Mobilisations étudiantes dans le monde: les années 68 »

Materiaux couvertureVient de paraître,  un numéro de Matériaux pour l’histoire de notre temps (revue de La contemporaine, Bibliothèque, archives, musée – ancienne BDIC, et de l’Association des amis  de La contemporaine) consacré à « Mobilisations étudiantes dans le monde: les années 68 », sous la coordination scientifique de Ioanna Kasapi, Robi Morder et Caroline Rolland Diamond, et la coordination éditoriale d’Anne Joly (La contemporaine) et Robi Morder. 

Ce numéro 127-128 de la revue, a été réalisé avec l’apport des équipes du Germe et de la Cité des mémoires étudiantes, certaines contributions  étant issues de plusieurs de nos séminaires de recherche et d’archives (par exemple sur les pavillons de la Cité universitaire), ou de travaux préparatoires à notre colloque de mai 2018 « Empreintes étudiantes des années 68 dans le monde ». La livraison est très illustrée d’affiches, photographies, documents issus pour l’essentiel des fonds de La contemporaine, auprès de laquelle on peut le commander. (via le site ou par voie postale (La contemporaine, 6, allée de l’UniversitéF-92001 Nanterre Cedex)

Ci-après l’avant-propos, le sommaire et les résumés français et anglais des articles. Continue reading ‘Vient de paraître « Mobilisations étudiantes dans le monde: les années 68 »’

78 anniversaire de la manifestation du 11 novembre 1940

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1ère édition de l’article: 7 novembre 2015

Il y a 78 ans, le 11 novembre 1940, plusieurs milliers de lycéens et d’étudiants se rassemblent à l’Etoile, c’est un des premiers actes de résistance à l’occupation nazie, c’est la première mobilisation de masse qui voit encore une fois la jeunesse à l’avant-garde de l’action.

L’histoire des « années noires » est importante pour donner son sens à la commémoration ? Il faut rappeler au delà du symbole que divers furent les acteurs comme plurielles leurs motivations. Depuis leur naissance le Germe comme la Cité des mémoires étudiantes ont mené des recherches, confronté la mémoire et les documents, sont allés aux sources. Voici un état des lieux de ce qui a été fait, et l’on devine le vaste chantier qui demeure.

Sur la manifestation du 11 novembre 1940

Notre ami Alain Monchablon est allé aux sources, revu les témoignages, pour reconstituer ce que put être l’histoire de cette manifestation. D’abord à l’occasion de notre colloque de novembre 2010, dans Libération du 10 novembre 2010  Et surtout dans une étude approfondie « La manifestation à l’Étoile du 11 novembre 1940 » publié dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 110, juin 2011, p67-83; étude qui fair référence. Le tract manuscrit bien connu, non signé, conservé à la BDIC a lui-même une histoire : « Un tract en quete d’auteur »  histoire qui doit beaucoup au travail des «  Bibliothecaires de la BDIC sous l’occupation » Continue reading ’78 anniversaire de la manifestation du 11 novembre 1940′

11 novembre 1944, retour sur une affiche

11-nov-1944-afficheLa Cité des mémoires étudiantes, avec son fonds de dotation, vient d’acquérir une affiche originale du 11 novembre 1944 étudiant qui lui a été signalée par le Germe, et va s’attacher à sa restauration et conservation dans de bonnes conditions. Cette affiche a été imprimée au 6 rue Monsieur le Prince, et à cette adresse l’on trouve toujours une imprimerie. Elle offre un intérêt par rapport à celle qui est conservée au Rectorat de Paris que nous avions utilisée pour l’exposition 2004[1], car elle donne des précisions. L’affiche initiale invite à se rassembler à 8 heures 30, alors que là nous avons des indications manuscrites avec de nouvelles consignes d’heure – il faut être plus en avance d’une demie-heure, ce sera 8 h (le 30 est caché) , et le lieu est plus précis, indiqué de façon manuscrite, en haut et à droite de l’affiche, c’est à l’angle de la rue Saint-Jacques et du boulevard Saint Germain. Puis le cortège étudiant et lycéen se rendra aux Champs Elysées pour assister d’abord au défilé des troupes, puis prendre part à la manifestation de l’après-midi. L’affiche est signée, non par l’UNEF, mais par la Fédération des étudiants de Paris, le comité parisien de l’Union des étudiants patriotes, composé (sans l’UNEF ni la FEP) des différentes organisations politiques et confessionnelles et de mouvements de résistance (FN jeunes, jeunes du MLN, OCM jeunes) ou de prisonniers de guerre (MNPGD).  Ce n’est que lors du congrès extraordinaire de l’UNEF, dont nous avons traité à l’occasion de son 70ème anniversaire en 2014  , que sera signé un protocole entre l’UNEF et l’UEP. Nous sommes bien à un moment où la représentativité et la place de l’UNEF sont contestées, menacées, et où s’engage le processus de reconstruction syndicale. Continue reading ’11 novembre 1944, retour sur une affiche’

Claudie Weill.

Claudie Weill au colloque des 10 ans du Germe, "Mémoire, histoire, engagement". La Sorbonne 21 mai 2005. Photo Caroline Chalier.

Claudie Weill au colloque des 10 ans du Germe, « Mémoire, histoire, engagement ». La Sorbonne 21 mai 2005. Photo Caroline Chalier/CME

C’est avec une grande tristesse que nous venons d’apprendre le décès de notre amie Claudie Weill. Historienne, germanophone et slavisante, chercheuse à l’EHESS, elle était une des pionnières de l’histoire des mouvements étudiants. Elle avait ainsi co-dirigé avec Yolande Cohen en 1982 le numéro spécial de la revue Le Mouvement social « Entre Socialisme et Nationalisme. Les Mouvements Étudiants Européens ». Elle avait rejoint immédiatement le Germe après sa création, fut membre de notre conseil d’administration et du comité de rédaction des Cahiers du Germe. C’est elle qui nous stimula pour participer à l’association des amis de la BDIC (devenue La contemporaine) et au comité de rédaction de sa revue Matériaux pour l’histoire de notre temps dont elle était un des piliers jusqu’à sa retraite à la fin des années 2000. Ayant plusieurs cordes à son arc, elle avait également participé aux comités de rédaction des revues Autogestion, L’Homme et la société, et publié de nombreux travaux dans ses champs de recherche liés à la question nationale et à l’internationalisme, au mouvement ouvrier, à la deuxième internationale et à Rosa Luxembourg, éditant ces dernières années œuvres et préfaces chez notre éditeur, Syllepse. Mais elle veillait à conserver son attention pour les mondes étudiants, auxquels elle consacra sa thèse, publiée en 1996: Etudiants russes en Allemagne (1900-1914) participant au réseau de chercheurs et chercheuses sur les migrations étudiantes, à notre colloque de 2006 « Etudiant-e-s du monde en mouvements ».  Chaleureuse, et dotée d’un caractère fort, aux remarques pertinentes, voire impertinentes, elle ne passait pas inaperçue dans nos colloques, séminaires, réunions. Comme on le dit au théâtre ou au cinéma, elle avait de la présence. Elle nous manquera.

A sa famille, à ses amis nous assurons que nous ferons vivre sa mémoire.

Pour le Germe et la Cité des mémoires étudiantes: Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder, Pierre Moulinier. Continue reading ‘Claudie Weill.’

1968 au lycée Turgot dans son contexte

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Avant d’aller à la manif du 13 mai 1968, CAL Turgot. Photo Joseph Morder.

Le 24 mai, près d’une centaine de personnes – dont 70 élèves actuels – ont participé à une conférence débat autour des 50 ans des années 68 au lycée Turgot à Paris à l’invitation des l’Association des anciens élèves avec le Germe, la Cité des mémoires étudiantes, le soutien du réseau Mémoire et histoire en Ile-de-France, des éditions Syllepse et de l’administration du lycée. Ont introduit le débat après la présentation du président de l’association Bernard Bouchard, son archiviste Alain Bertrand, puis Robi Morder et Didier Leschi. Les interventions et photographies sont disponibles sur le site de l’association, nous publions ici le texte de Robi Morder.

 » Je reprends ici des éléments de mon introduction orale à la conférence du 24 mai, prenant en compte les repères donnés dans les panneaux de l’exposition ainsi que les réponses, ou réflexions, suscitées par les questions et témoignages prononcés au cours des échanges. Rien d’exhaustif, mais quelques éléments pour éclairer des pistes. Continue reading ‘1968 au lycée Turgot dans son contexte’

Compte rendu : Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde , Paris, 2-4 mai 2018

Après la journée à Sciences-Po, exposition de la Cité au Mabillon avec le Crous de Paris.

Après la journée à Sciences-Po, exposition de la Cité au Mabillon avec le Crous de Paris.

Nous publions ici le compte rendu de Matthieu Gillabert, Université de Fribourg, publié en premier sur le site infoclio.ch . (En ligne: <https://doi.org/10.13098/infoclio.ch-tb-0160>), dont nous recommandons la visite et les consultations.Nos remerciements à Enrico Natale pour l’autorisation de reproduction sur notre site.

(voir aussi les photos de la Cité et du Germe; Première journée Sorbonne, Deuxième journée Centre histoire Sciences-Po,  Soirée expo-concert CROUS Paris Mabillon, Troisième journée Paris-IV Sorbonne et place Saint-Michel. 

Depuis le début de cette année commémorative, le Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME) et la Cité des mémoires étudiantes mènent une activité éditoriale et scientifique impressionnante. Pas moins de quatre publications sur 1968 sont sorties aux éditions Syllepse où le GERME est responsable d’une collection. Le colloque « Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde », organisé avec le soutien du Centre d’histoire de Sciences-Po, du Centre d’histoire sociale du 20e siècle (Paris 1/CNRS) de l’Université Paris-Sorbonne, du Collège militaire royal du Canada  et de l’Université de Trente, constitue une sorte d’apogée.

Dès le début de cette conférence, les participants ont été rapidement plongés dans une atmosphère « sorbonnarde » qui n’était pas sans rappeler les événements au sujet desquels ils allaient justement disserter. Continue reading ‘Compte rendu : Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde , Paris, 2-4 mai 2018’

2 au 4 mai 2018 . Colloque international « Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde ».

Empreintes etudiantes des annees 682 au 4 mai 2018 « Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde. ». 

Colloque co-organisé par le GERME, la Cité des mémoires étudiantes et le Centre d’histoire de Sciences-Po – Paris. Avec le soutien, notamment, du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (Paris 1/CNRS), de la Faculté des lettres de  Sorbonne Université, du Collège militaire royal du Canada  et de l’Université de Trente

Comité scientifique : Robi Morder, Alain Monchablon (GERME), Jean-Philippe Legois, Ioanna Kasapi (Cité), David Colon, Gerd Rainer Horn (Centre d’histoire de Sciences Po Paris), Anne Joly (BDIC), Franck Georgi (Centre d’histoire du XXe siècle, Paris 1/ CNRS), Jean-Noël Luc (Paris-Sorbonne), Caroline Rolland-Diamond (Paris Nanterre), Kostis Kornetis (Madrid), Giulia Stripolli (Nouvelle université de Lisbonne), Angelica Muller (Rio de Janeiro), Eithan Orkibi (Tel Aviv), Jean Lamarre, Jean-Philippe Warren (Québec), Matthieu Gillabert (Fribourg), Alba Lazzaretto, Giovanni Focardi (Padoue), Alessandro Breccia (Pise) Andrea Giorgi (Trente), Chris Reynolds (Université de Nottingham)

Contact colloque68@citedesmemoiresetudiantes.org (Inscription gratuite, mais obligatoire (plan vigipirate) 

Programme en pdf, et ci-après Continue reading ‘2 au 4 mai 2018 . Colloque international « Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde ».’

2018: les 50 ans de mai 68 avec Le Germe et la Cité des mémoires étudiantes.

livres germe syllepse 68Le cinquantième anniversaire de mai et juin 1968 va encore faire couler beaucoup d’encre, de voix et d’images, paré de toutes les vertus, ou de tous les vices (c’est selon les avis) d’une simple « révolution culturelle », même dans la production plus sérieuse il sera peu question des étudiants, des jeunes scolarisés. Au cours des dernières décennies, et c’est heureux, la recherche s’est attachée de plus en plus à donner à voir, à entendre, à lire la grève générale dans les entreprises. Mais finalement quasiment rien sur les étudiants et les lycéens si ce n’est quelques articles ou contributions dans des publications collectives à plus large objet.

Le Germe depuis sa création, avec ensuite la Cité des mémoires étudiantes, ont impulsé dans des colloques, séminaires, recueil de témoignages, d’archives. Le cinquantenaire sera l’occasion à la fois de nouveaux travaux et de tenter une synthèse sur ce que furent « les années 68 » pour les mouvements étudiants avec des publications, des colloques, des manifestations dont nous sommes les organisateurs ou bien partie prenante.

Dores et déjà l’on peut signaler des publications à paraître, et des initiatives, dans l’ordre chronologique: Continue reading ‘2018: les 50 ans de mai 68 avec Le Germe et la Cité des mémoires étudiantes.’

Nanterre 22 mars 1968: «De l’étincelle jaillira la flamme»

debout les damnesNanterre fut l’allumette, la Sorbonne la mèche, et les étudiants la poudre.

A l’intiative d’anciens du Mouvement du 22 mars, avec des chercheurs et archivistes, des laboratoires de l’Université de Paris-Nanterre, se tient un Colloque les 23 et 24 mars 2018 à l’Université Paris Nanterre – Amphithéâtre du bâtiment Max Weber.  (voir programme) Occasion de revenir sur ce « prélude au mouvement étudiant » de mai et juin 1968*.

Le 22 mars 1968, 150 étudiants occupent, jusque tard dans la nuit, le bâtiment administratif de Nanterre. Le Mouvement du 22 Mars est né

Nanterre une nouvelle faculté. La faculté de Nanterre concentre les contradictions des universités : problèmes matériels – locaux trop exigus pour des étudiants de plus en plus nombreux (ils sont 215 000 en 1960-1961, 500 000 en mai 1968, soit une croissance de 40 000 par an), déséquilibres sociaux – le nombre d’enfants d’ouvriers à l’université, bien qu’augmentant, reste faible (10 %) –, inquiétude sur l’avenir – on commence à reparler du chômage, 500 000 selon le recensement de l’INSEE, et notamment du chômage des jeunes qui, selon une enquête de la CNAF, s’élève à 250 000. Mais pour les étudiants, c’est plus la dévalorisation des diplômes, la « déqualification » qui sont menaçantes.

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