Lettre ouverte à la ministre : restera-t-il des mémoires étudiantes?

a nos 300 camarades lyonnaisLettre à Madame la ministre de l’Enseignement supérieur,  de la Recherche et de l’Innovation : après la disparition de Paul Bouchet (et de bien d’autres), restera-t-il des mémoires étudiantes ? (publiée sur Mediapart le 25 mai 2019)

Madame la ministre,

Il y a de cela deux mois, Paul Bouchet (1924-2019) nous quittait. Homme d’engagements, il comptait, parmi ses « sept utopies », celle d’un mouvement étudiant riche de sa mémoire et porteur d’avenir. Dès le départ, en 1995, il a accompagné le GERME (Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants), puis la Cité des mémoires étudiantes, à partir de 2008, dans leurs efforts pour sauvegarder, constituer et transmettre les traces de ces mémoires collectives d’engagements étudiants multiformes, ce qu’il faisait également avec les acteurs en se rendant dans les congrès étudiants (FAGE, UNEF, …) avec des anciens de l’UNEF et des mouvements étudiants. Il y a dix ans, en 2009, avec Paul Bouchet, nous avions appelé à signer une lettre ouverte à la ministre chargée de l’Enseignement supérieur d’alors pour donner droit de cité à ces mémoires.

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mai 1907, une union nationale est née.

LJORF 15 MAI 1907e 15 mai 1907, est déposée la déclaration de création de l’Union nationale des associations des étudiants de France (UNAEF, donc elle ne sera d’abord ni UNAGEF, ni UNEF, sigle sous lequel elle sera ultérieurement connue). Publiée au Journal officiel de la république française, le 2 juin, c’est l’acte de naissance de la personne morale dont la constitution a été décidée une dizaine de jours plus tôt, le 4 mai, à Lille par six AGE (associations générales d’étudiants) réunies à l’occasion d’un congrès national.

Il aura donc fallu trente ans entre la création de la première AGE à Nancy et la constitution d’une structure à l’échelle nationale alors que des contacts, nationaux et même internationaux existaient de longue date. Le congrès avait été décidé un an auparavant par des représentants d’AGE qui s’étaient retrouvés lors de l’exposition universelle de Marseille de 1906 pour discuter avec leurs homologues étrangers de la reconstruction d’une internationale étudiante. Les pourparlers débouchent sur un échec à ce niveau, mais les AGE se donnent rendez-vous à Lille l’année suivante. En constituant l’UNAEF, ils constituent la première union nationale d’étudiants, Continue reading ‘mai 1907, une union nationale est née.’

28 mai Hommage à Paul Bouchet et à sa deuxième utopie

BOUCHETHommage A Paul Bouchet Et à sa deuxième utopie* : fraternité internationale et syndicalisme étudiant (telechargement de l’invitation en PDF) Organisé par l’Aaunef (Association des anciens de l’Unef), la Cité des mémoires étudiantes, le Germe (Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants)

LE 28 MAI 2019 A l’AUDITORIUM DE L’HOTEL DE VILLE DE PARIS

Paul Bouchet est décédé le 25 mars 2019 après une vie toute entière engagée pour faire triompher ce qu’il appelait ses « sept utopies ». L’une d’entre elles a été le syndicalisme étudiant en France et dans le monde. A peine sorti de la Résistance, il devient à la Libération président de l’Association générale des étudiants de Lyon. Il est le principal co-rédacteur de la « charte de Grenoble » qui a refondé l’Unef, alors « syndicat unique de la classe étudiante » en 1946 et un des fondateurs la même année de l’Union internationale des étudiants (…/…).

L’après-midi « Paul Bouchet, le travail de mémoire et la transmission » Séance de 14 h 30 à 18h  en salle des commissions la Cité des mémoires étudiantes et le Germe organisent une séance sur Paul Bouchet et la transmission, avec documents d’archives, photographies, audios et videos, témoignages. Continue reading ’28 mai Hommage à Paul Bouchet et à sa deuxième utopie’

Paul Bouchet 1924-2019

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Paul Bouchet, représentant l’UNEF au congrès de l’Union internationale des étudiants. Prague, 1946.

Notre ami, le vieux lutteur Paul Bouchet est mort dans la nuit du 24 au 25 mars 2019, mais ses combats, ses utopies disait-il, demeurent bien vivantes. (Date à retenir pour l’hommage à « l’utopie » du syndicalisme étudiant le 28 mai 2019)

Résistant combattant, co-rédacteur à l’UNEF de la charte de Grenoble (1946) refondant syndicalement la vieille union, il n’eut de cesse de vouloir rassembler, jeunes – et moins jeunes – de toutes origines contre les injustices, pour « une révolution économique et sociale au service de l’homme ». Avocat, il continua ses combats de défenseur des étudiants, des colonisés, des sans-papiers, des plus pauvres, des droits et libertés, y compris au Conseil d’Etat et dans les institutions publiques dans lesquelles il avait siégé. Sa force, c’était de savoir promouvoir l’amalgame de toutes et tous – quelles que soient leurs différences de départ – pour des objectifs communs, par l’action et la réflexion.

Attaché à la transmission de la mémoire, il était capable d’aller témoigner aussi bien dans un congrès à l’UNEF comme à la FAGE,  de présider l’Association des anciens de l’UNEF.  Il a mis autant de cœur à contribuer à nos recherches et à la constitution d’un pôle spécialisé d’archives par ses témoignages, documents versés, sa participation toujours stimulante à des séminaires, journées d’études archives et mémoires étudiantes, colloques, heureux de confronter documents, mémoire des acteurs et actrices, recherches, y compris dans des discussions à deux, trois ou quatre autour d’un café, d’un repas, ou dans nos voyages en train pour aller à Grenoble, Reims, Lyon, Marseille….

Authentiquement internationaliste, son rôle à l’Union internationale des étudiants en atteste, il nous a accompagné dans nos travaux, ateliers, avec notamment le Britannique Tom Madden, avec énergie et courage, avec humanité et émotion,  comme il le fit encore pour les 70 ans de la charte de Grenoble.

Nos pensées vont à  sa famille, ses proches, toutes celles et tous ceux qui à un moment ou un autre ont été engagés avec lui. Il reste le souvenir vivace d’un combattant de la liberté et de la recherche de la vérité qui rappelait toujours que plus que la lutte, nécessaire, pour les moyens de vivre, il faut des raisons de vivre.

Paris, le 25 mars 2019

Pour le Germe et la Cité des mémoires étudiantes :

Ioanna Kasapi, Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder

Voir sur notre site :

Sa biographie dans le Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement social).

« La charte de Grenoble, l’esprit en héritage » (Paul Bouchet, intervention à notre journée du 15 avril 2016).

Une tribune signée avec le Germe et la Cité : « L’étudiant est un jeune travailleur intellectuel », 70 ans et pas une ride » ( Mediapart du 7 avril 2016).

Témoignage, « 1946. La charte de Grenoble: texte et contexte » (Cahiers du germe spécial n° 1).

Note de lecture sur son livre, Mes sept utopies (2010).

Son témoignage recueilli par la Cité des mémoires étudiantes (2008).

Son fonds d’archives donné à la Cité et déposé aux Archives nationales.

 

 

 

 

Le précédent de la «Consultation nationale des jeunes» en 1994: quand la montagne accoucha d’une souris !

SMIC TA MEREMesure prise par la majorité législative de la seconde cohabitation, le CIP (contrat d’insertion professionnelle) provoque une mobilisation immédiate ( voir sur notre site « Avant le CPE (contrat première embauche), le précédent du CIP Balladur »). Au bout de plusieurs semaines, le 28 mars, Édouard Balladur reçoit six organisations lycéennes et étudiantes et annonce la « suspension » du CIP. Les manifestations maintenues le 31 mars sont devenues des défilés de la victoire, cortèges d’enterrement du CIP. Pour sauver la face et apparaître comme « ouvert au dialogue », le gouvernement met en place une « consultation nationale des jeunes ». Continue reading ‘Le précédent de la «Consultation nationale des jeunes» en 1994: quand la montagne accoucha d’une souris !’

Meilleurs voeux et séminaires 2019

2019_CarteVoeux_Cite_RecLe Germe souhaite ses meilleurs voeux à l’ensemble des chercheuses et chercheurs, des archivistes et à la Cité des mémoires étudiantes et s’associe à ses voeux également, des associations d’étudiant.e.s, et d’ancien.ne.s,  des lectrices et lecteurs des ouvrages sa collection, du site germe-inform, des Cahiers du Germe, de ses partenaires pour que l’année 2019 fasse avancer la recherche, la documentation, la valorisation des fonds. 2019. 2019 est l’année du centenaire de la création de la CIE (Confédération interalliée, puis internationale des étudiants), ce sera aussi l’occasion d’approfondir dans les séminaires
« Institutions et mouvements étudiants: socio-histoire et dynamiques politiques »

Séminaire de recherche du Centre d’histoire de Sciences Po – Paris, de la Cité des mémoires étudiantes et du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME). Programme 2018/2019 ci-après:

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Quand les lycéens prenaient la parole

quandleslyceens800Voici l’introduction du livre de Didier Leschi et Robi Morder, Quand les lycéens prenaient la parole: les années 68, Paris, Syllepse, collection Germe, 2018. Il a été présenté le 24 mai 2018 au lycée Turgot de Paris avec d’autres contributions de l’association des anciens élèves.

UNE DÉCENNIE D’ENGAGEMENTS LYCÉENS

« La nouvelle génération vient de nous prouver qu’un nouveau militantisme était né, supérieur à tout ce que nous avions connu : par leurs qualités intellectuelles et morales les militants forcent l’attention de leurs camarades, et le respect. C’est un élément en tout cas avec lequel il faut compter désormais dans les lycées », Michel Winock, « Les lycéens », Esprit, n° 11, 1968.

« C’est parce que les travailleurs cherchaient à réunir en un faisceau leurs luttes fragmentées et à leur donner une direction, non parce qu’ils visaient la conquête du pouvoir par l’action politique, que les premiers soviets firent leur apparition », Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie, Gallimard, 1972.

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui la surprise qu’a créé l’irruption de la jeunesse lycéenne sur la scène sociale et politique en 1968, tant les mobilisations des élèves du secondaire font désormais partie du paysage. Que les étudiants manifestent, cela était dans un certain « ordre des choses », et de longue date, mais que ces adolescents manifestent, fassent grève, occupent leurs établissements était inédit. Il y eut réprobation, des pouvoirs publics et aussi de parents, de professeurs. Même chez les progressistes, l’on sentit du paternalisme. On pouvait glorifier le Gavroche de Victor Hugo, mais il était difficile de prendre au sérieux les potaches. Que le grand Duduche chahute, oui, mais qu’il fasse de la politique, qu’il prenne son présent et son avenir en main, n’était-il pas trop jeune pour cela ? Certes, l’on avait le droit d’être exploité dès 16 ans, mais la majorité était encore à 21 ans. Continue reading ‘Quand les lycéens prenaient la parole’

Vient de paraître « Mobilisations étudiantes dans le monde: les années 68 »

Materiaux couvertureVient de paraître,  un numéro de Matériaux pour l’histoire de notre temps (revue de La contemporaine, Bibliothèque, archives, musée – ancienne BDIC, et de l’Association des amis  de La contemporaine) consacré à « Mobilisations étudiantes dans le monde: les années 68 », sous la coordination scientifique de Ioanna Kasapi, Robi Morder et Caroline Rolland Diamond, et la coordination éditoriale d’Anne Joly (La contemporaine) et Robi Morder. 

Ce numéro 127-128 de la revue, a été réalisé avec l’apport des équipes du Germe et de la Cité des mémoires étudiantes, certaines contributions  étant issues de plusieurs de nos séminaires de recherche et d’archives (par exemple sur les pavillons de la Cité universitaire), ou de travaux préparatoires à notre colloque de mai 2018 « Empreintes étudiantes des années 68 dans le monde ». La livraison est très illustrée d’affiches, photographies, documents issus pour l’essentiel des fonds de La contemporaine, auprès de laquelle on peut le commander. (via le site ou par voie postale (La contemporaine, 6, allée de l’UniversitéF-92001 Nanterre Cedex)

Ci-après l’avant-propos, le sommaire et les résumés français et anglais des articles. Continue reading ‘Vient de paraître « Mobilisations étudiantes dans le monde: les années 68 »’

78 anniversaire de la manifestation du 11 novembre 1940

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1ère édition de l’article: 7 novembre 2015

Il y a 78 ans, le 11 novembre 1940, plusieurs milliers de lycéens et d’étudiants se rassemblent à l’Etoile, c’est un des premiers actes de résistance à l’occupation nazie, c’est la première mobilisation de masse qui voit encore une fois la jeunesse à l’avant-garde de l’action.

L’histoire des « années noires » est importante pour donner son sens à la commémoration ? Il faut rappeler au delà du symbole que divers furent les acteurs comme plurielles leurs motivations. Depuis leur naissance le Germe comme la Cité des mémoires étudiantes ont mené des recherches, confronté la mémoire et les documents, sont allés aux sources. Voici un état des lieux de ce qui a été fait, et l’on devine le vaste chantier qui demeure.

Sur la manifestation du 11 novembre 1940

Notre ami Alain Monchablon est allé aux sources, revu les témoignages, pour reconstituer ce que put être l’histoire de cette manifestation. D’abord à l’occasion de notre colloque de novembre 2010, dans Libération du 10 novembre 2010  Et surtout dans une étude approfondie « La manifestation à l’Étoile du 11 novembre 1940 » publié dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 110, juin 2011, p67-83; étude qui fair référence. Le tract manuscrit bien connu, non signé, conservé à la BDIC a lui-même une histoire : « Un tract en quete d’auteur »  histoire qui doit beaucoup au travail des «  Bibliothecaires de la BDIC sous l’occupation » Continue reading ’78 anniversaire de la manifestation du 11 novembre 1940′

11 novembre 1944, retour sur une affiche

11-nov-1944-afficheLa Cité des mémoires étudiantes, avec son fonds de dotation, vient d’acquérir une affiche originale du 11 novembre 1944 étudiant qui lui a été signalée par le Germe, et va s’attacher à sa restauration et conservation dans de bonnes conditions. Cette affiche a été imprimée au 6 rue Monsieur le Prince, et à cette adresse l’on trouve toujours une imprimerie. Elle offre un intérêt par rapport à celle qui est conservée au Rectorat de Paris que nous avions utilisée pour l’exposition 2004[1], car elle donne des précisions. L’affiche initiale invite à se rassembler à 8 heures 30, alors que là nous avons des indications manuscrites avec de nouvelles consignes d’heure – il faut être plus en avance d’une demie-heure, ce sera 8 h (le 30 est caché) , et le lieu est plus précis, indiqué de façon manuscrite, en haut et à droite de l’affiche, c’est à l’angle de la rue Saint-Jacques et du boulevard Saint Germain. Puis le cortège étudiant et lycéen se rendra aux Champs Elysées pour assister d’abord au défilé des troupes, puis prendre part à la manifestation de l’après-midi. L’affiche est signée, non par l’UNEF, mais par la Fédération des étudiants de Paris, le comité parisien de l’Union des étudiants patriotes, composé (sans l’UNEF ni la FEP) des différentes organisations politiques et confessionnelles et de mouvements de résistance (FN jeunes, jeunes du MLN, OCM jeunes) ou de prisonniers de guerre (MNPGD).  Ce n’est que lors du congrès extraordinaire de l’UNEF, dont nous avons traité à l’occasion de son 70ème anniversaire en 2014  , que sera signé un protocole entre l’UNEF et l’UEP. Nous sommes bien à un moment où la représentativité et la place de l’UNEF sont contestées, menacées, et où s’engage le processus de reconstruction syndicale. Continue reading ’11 novembre 1944, retour sur une affiche’