Il y a 35 ans, le 4 mars 1971, la police parle à la population et descend dans la rue

LA LUTTE PERSONNE NE M'AIME

Journal des comités rouge lycéens de Poitiers mars 1971

LA LUTTE PERSONNE NE M'AIMEDes policiers distribuant des tracts place de la République à Paris. On l’a déjà vu, c’était il y a 35 ans le 4 mars 1971. C’est le jour retenu parla Fédération autonome des syndicats de police (FASP),  pour une grande journée d’explication au cours de laquelle le syndicat entendait reconcilier police et population, expression d’un malaise dans une police mobilisée depuis mai 1968 aux fins quasi-exclusives de ‘maintien de l’ordre » contretout deshayes 1971 les jeunes, les grèves, les manifestations; Et l’on vit ainsi des policiers distribuer 450 000 tracts (un premier tirage de 300 000 étant épuisé dès la fin de la matinée, il fallut en réimprimer d’urgence).

Programmée depuis un moment, le calendrier des luttes étant imprévisible, cette journée s’est en fait tenue quelques jours après « l’affaire Guiot » et la mobilisation lycéenne pour la libération de leur camarade arrêté à la sortie du lycée Chaptal à Paris alors qu »une manifestation se déroulait à cet endroit. C’est au cours de laquelle Richard Deshayes a perdu un oeil, ayant reçu une grenade lancée à tir tendu. Une grande campagne avait alors été lancée pour la « dissolution des brigades spéciales ». (Voir notre article « Retours sur des mouvements lycéens ») Le journal Le Monde souligne au lendemain de cette journée des policiers que « la leçon la plus importante s’adresse certainement au gouvernement, auquel elle a montré que les policiers étaient capables de prendre des risques pour faire comprendre qu’ils refusent, quelle que soit la conjoncture, de se voir couper de la population ». Continue reading ‘Il y a 35 ans, le 4 mars 1971, la police parle à la population et descend dans la rue’

1976 la grève générale de trois mois contre la réforme du dexième cycle (Soisson et Saunier Séité)

GREVE GENERALE DE L'UNIVERSITELa grève générale étudiante de 1976 est le mouvement étudiant qui aura duré le plus longtemps, plus de trois mois de fin février à fin mai ; il faudra attendre trente ans, jusqu’au mouvement contre le CPE de 2006, pour connaître d’une mobilisation aussi prolongée. C’est sous la présidence de Giscard d’Estaing, dans le gouvernement de Jacques Chirac, en décembre 1975 que le secrétaire d’Etat aux universités Jean-Pierre Soisson élabore un projet de réforme des deuxièmes cycles universitaires. Le 18 janvier 1976, soit deux jours après sa nomination, la nouvelle secrétaire d’Etat, Alice Saunier-Séité, publie un arrêté de création de nouvelles filières. Ces dernières seront reconnues pour les universités qui auront adapté les contenus aux débouchés professionnels, après examen par des commissions nationales où siégeront des représentants patronaux. De plus, le caractère national des diplômes est menacé et la sélection à l’entrée de la quatrième année (année de la maîtrise) envisagé. A partir de là, pendant plusieurs semaines les organisations étudiantes, principalement les deux UNEF, le MARC (Mouvement d’action et de recherche critique) comme les mouvements politiques non syndiqués, tels la LCR ou « Révolution », font monter la pression : informations, tracts, meetings et AG, rassemblements (comme les « Etats généraux » organisés le 28 février par l’UNEF dite renouveau). Continue reading ‘1976 la grève générale de trois mois contre la réforme du dexième cycle (Soisson et Saunier Séité)’

75 ans de charte de Grenoble : dossier

invit 15 avril 02C’est du 22 au 28 avril 1946 à Grenoble que le 35e congrès de l’UNEF se réunit, et adopte ce qu’on appellera la charte de Grenoble. Dans ce dossier, l’on trouvera des contributions, des témoignages, tribunes, notices biographiques, des renvois à des fonds d’archives, des discours au congrès de 1946.(mise à jour 19 avril 2021)

15 avril 2021, 15H-18H: 75e anniversaire. Séance spéciale du séminaire du GIS engagements étudiants. Video sur youtube. (invitation en pdf)

Il ne s’agit pas de momifier, ni de considérer le chapitre clos. Bien au contraire, les mobilisations étudiantes réitèrent l’actualité des questions posées par la charte. Mais c’est moins le texte – certes il faut s’y pencher sans tomber dans le travers de l’exégèse –  que le contexte qui doit être l’objet d’attention tant il convient de souligner le rôle et le jeu des acteurs de l’époque. Ils démontrent que les possibles d’hier peuvent être de nouveaux possibles d’aujourd’hui. Car c’est dans un contexte de difficultés, de divisions, que des individus ont choisi parmi plusieurs options. par leur volonté devenue commune au-delà de leurs positionnements différents ils sont arrivés par « l’amalgame » à produire ce qui va devenir « le syndicat unique de la classe étudiante » pendant près de deux décennies. Ils vont marquer au-delà durablement le paysage devenu multidimensionnel des mouvements étudiants. Nous n’en avons pas fini d’explorer cette naissance, ou plutôt cette renaissance tant le mouvement étudiant est une « réinvention permanente ».

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« L’étudiant est un jeune travailleur intellectuel », 70 ans et pas une ride

Par Paul Bouchet, Jean-Philippe Legois et Robi Morder. Tribune dans Mediapart du 7 avril 2016.

Les mouvements étudiants actuels concrétisent, une nouvelle fois ce qu’en avril 1946 le premier congrès de l’UNEF après la Libération avait adopté: la Charte de Grenoble, refondant le mouvement étudiant. Elle demeure, à l’instar de la charte d’Amiens pour le syndicalisme des salariés, la référence de la plupart des organisations étudiantes. Suite, liire ici sur mediapart

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Il y a 70 ans, le Comité préparatoire international (CPI) d’avril 1946

STATUTS PROJET CPI AVRIL 1946Après la conférence du 18 novembre aux Archives diplomatiques avec Paul Bouchet et Tom Madden  (en téléconférence depuis les USA) et l’inauguration de l’exposition « 150 ans d’engagements étudiants à l’international », notre ami Tom Madden a complété avec de nouvelles illustrations et documents. Occasion de revenir sur le processus de création de l’UIE fondée en août 1946 à Prague. Deuxième épisode le CPI d’avril 1946. (premier épisode : le CPI de janvier 1946)

La première session s’était tenue en novembre/décembre 1945 après la conférence mondiale des étudiants. La deuxième session du CPI, présidée par Pierre Rostini, avait fixé la date du congrès constitutif de l’UIE à l’été 1946, plus précisément du 17 au 31 août à Prague. C’est dans la capitale tchécoslovaque que se réunit pour la troisième fois du 9 au 13 avril (selon le compte-rendu officiel, dans le bulletin des étudiants en médecine britannique Tom Madden parle des7 au 14 avril). Cette fois-ci c’est Tom Madden qui préside, sont présents les représentants de Grande Bretagne, France, URSS, Chine, Inde,  Belgique, Yougoslavie, Tchécoslovaquie.  Pour la France, ce sont Paul Bouchet, Pierre Trouvat président de l’UNEF, et Joseph Roger de l’UJRF.

(à gauche, projet de statuts élaboré par la CPI, Fonds Tom Madden, Cité des mémoires étudiantes) Continue reading ‘Il y a 70 ans, le Comité préparatoire international (CPI) d’avril 1946’

Dossier mouvement CPE (contrat premier embauche) 2006

Retours sur des mouvements lycéens

tout deshayes 1971Retours sur quelques mouvements lycéens visités par les Cahiers du Germe: « Affaire Guiot » en 1971, dans le mouvement des retraites en 2010, liens vers nos articles sur les Comités d’action lycéens de 1968, etc.

Février-mars 1971 : mouvements lycéens et répression

Publié dans Les Cahiers du Germe n° 29 2010/2011

DOCUMENT : MOUVEMENTS LYCEENS IL Y A QUARANTE ANS… déjà avant les « flash ball ».

En février 1971, une manifestation du « Secours rouge » en soutien à la grève de la faim de militants emprisonnés, est interdite. Elle se tient tout de même, mais Place Clichy, à côté du lycée Chaptal, est violemment reprimée par les « brigades spéciales » de la police, qui tirent à l’horizontale des grenades anti-manifestants. Richard Deshayes – qui a rédigé le manifeste du « Front de libération de la jeunesse » (« on n’est pas contre les vieux, mais contre ce qui les a fait vieillir) est énuclée. Une affiche est imprimée : « ils veulent tuer ».

Un élève de math’sup du lycée Chaptal, Gilles Guiot, a le tort de sortir de l’établissement à la même heure. Il est arrêté et la procédure de « flagrant délit » (sans avocat) lui est appliquée. Il est condamné à de la prison ferme.  Aussitôt l’émotion gagne son lycée : élèves, profs, parents, administration protestent. Continue reading ‘Retours sur des mouvements lycéens’

Charte de Grenoble, CPE 2006, loi travail 2016 : « Quand l’UNEF se dotait d’une charte »

quand l'UNEF se dotait d'une charteIl y a 10 ans, le 21 mars 2006, Le Monde publiait la présente tribune alors que nous mettions la dernière main à Naissance d’un syndicalisme étudiant, 1946 : la charte de Grenoble. Ce premier ouvrage de la collection Germe aux éditions Syllepse, programmé pour le 60ème anniversaire de la charte de Grenoble reprenait en grande partie les textes du colloque « 50 ans de syndicalisme étudiant » tenu dix ans plus tôt en mars 1996 et à l’occasion duquel paraissait le premier numéro des Cahiers du Germe, justement consacré à… la charte de Grenoble.  A la relecture de la tribune, les mobilisations actuelles sur la loi travail confirment bien l’actualité des questions posées par la charte de Grenoble : l’étudiant  – jeune travailleur intellectuel, partie prenante du mouvement général des travailleurs, ayant des droits et des devoirs, dont celui de l’engagement en avant-garde de la jeunesse; mais avec le souci de l’économie des moyens. Quant au texte même de la tribune de 2006, il suffira de constater que c’en est bien fini du « ghetto étudiant », changer CPE par Loi travail avec quelques nuances, augmenter le nombre d’étudiants salariés. C’est de cette actualité de la charte de Grenoble dont il sera question le 15 avril 2016 avec Paul Bouchet, les organisations étudiantes, le Germe réunis en table ronde sur l’initiative de la Cité des mémoires étudiantes.

« J’achève dans le calme une dernière relecture des épreuves de 1946, naissance d’un syndicalisme étudiant. Par la fenêtre ouverte pénètre une clameur : des étudiants revendiquant le droit au travail et la défense du code du travail. Sans le savoir, ces dizaines de milliers de jeunes donnent corps à une « prophétie » dont on va célébrer les 60 ans. Continue reading ‘Charte de Grenoble, CPE 2006, loi travail 2016 : « Quand l’UNEF se dotait d’une charte »’

Mouvement CPE (contrat première embauche) : les 10 Coordinations nationales, dates et documents.

10 AVRIL REIMS AG CC CME

10 avril 2006 à Reims, une AG. Le président d’université, Gérard Mary, à la tribune. Photo Caroline Chalier/Cité des mémoires étudiantes

Depuis le début des années 1970, la modalité coordination fait partie intégrante du répertoire d’action dans les mouvements étudiants, suivant le principe de délégués élus par des assemblées générales d’étudiants se réunissant ensuite en « coordination ». [1]. La représentativité de ces coordinations – si elle n’est guère contestée quand il y a une mobilisation homogène (c’est à dire quand à peu près toutes les universités sont en grève et que les assemblées sont massives) – est l’objet de débats, pouvant aboutir à des ruptures, des conflits de légitimité quand la mobilisation est inégale, que les assemblées sont plus ou moins importantes selon les universités, ce qui est souvent le cas au commencement d’un mouvement dont on ne sait pas encore s’il va se généraliser, et à la fin quand il y a des « reprises » progressives. Les appréciations peuvent ainsi dans le cas du mouvement CPE être différentes pour chacune des coordinations tenues, chacune ayant sa configuration propre (Poitiers décide de quitter la coordination du 19 mars, les deux dernières coordinations se tiennent après le retrait du CPE). Le mouvement CPE de surcroît touchant au code du travail, les relations touchent non seulement coordinations et syndicats étudiants, mais les rapports avec l’intersyndicale. Aux chercheurs de restituer les stratégies et tactiques des acteurs dans chaque contexte les textes issus de ces 10 coordinations tenues en 2006 les 18 février à Rennes, 25 février à Toulouse, 4 et 5 MARS à Jussieu, 11 mars à Poitiers, 19 mars à Dijon, 25 et 26 mars à Aix-en-Provence, 2 avril à Lille, 8 et 9 avril à Lyon, 16 avril à Nancy, 22 et 23 avril à Bordeaux.

[1] Voir : Robi Morder  « Les repertoires d’action collective des mouvements étudiants » et Didier Leschi « La coordination nationale étudiante dans la grève générale étudiante de 1986 ».Les Cahiers du Germe, spécial 4, 2003. Continue reading ‘Mouvement CPE (contrat première embauche) : les 10 Coordinations nationales, dates et documents.’

Archiver une mobilisation étudiante en cours : l’exemple du mouvement anti-CPE

23 mars 2006 Reims

Filmer, archiver… 23 mars 2006 université de Reims bloquée

APPEL PERMANENT A LA MEMOIRE DES MOUVEMENTS ! APPEL A DOCUMENTS ! DEVENEZ COLLECTEUR DE LA CITE !

Au-delà de l’action des différentes organisations étudiantes (à vocation représentative ou non), depuis les années 1968, les mobilisations ponctuelles (contre tel ou tel projet gouvernemental) constituent également une des formes de l’action collective étudiante.
Ce répertoire d’actions collectives a nécessité une évolution du répertoire d’actions propre à l’archivistique estudiantine, mais ce n’est qu’avec la mission de préfiguration de la Cité des mémoires étudiantes (ex-Mission CAARME)et avec le mouvement anti-CPE (Contrat première embauche) en 2006 que cela a pu être mis en pratique.

La préservation des traces de ces mobilisations est encore plus complexe que celles des structures étudiantes : ancrée régionalement (à Reims) et visant à avoir une approche nationale, nous avons essayé de « couvrir » Assemblées générales, manifestations et … coordinations nationales.
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