lecture : Laurence Corroy, La presse des lycéens et des étudiants au 19ème siècle

Laurence CORROY, La presse des lycéens et des étudiants au 19e siècle, Paris, INRP, 2004, 280 p. (collection « Education, histoire, mémoire «). Partir dans les bibliothèques à la recherche des périodiques publiés au 19e siècle par un groupe social aussi porté à en créer que les étudiants relève, je le sais pour l’avoir pratiqué, d’un exploit notable. Il s’agit en effet de feuilles fragiles, éphémères et souvent anonymes. Comme l’écrit l’auteur d’une histoire des journaux parus en 1856 , ces titres, outre qu’ils sont « illisibles, malpropres, maculés «, ont une courte durée, changent souvent de titre, se combattent entre eux et parfois fusionnent, et ils ne tirent qu’à très peu d’exemplaires (il est d’ailleurs très difficile de connaître le chiffre des titrages de cette presse). C’est dire l’intérêt de la thèse de Laurence Corroy publiée par l’INRP en 2004. Le recensement qu’elle a effectué de ces feuilles de chou très humbles rendra de nombreux services, notamment parce que ces journaux constituent une source remarquable sur la vie et les opinions du milieu social qui les publie. Elle recoupe en grande partie la liste que j’en ai établie pour mon travail sur les étudiants à Paris au 19e siècle , et même la complète puisque l’auteure a pris en compte la presse « lycéenne « et les titres de province. Continue reading ‘lecture : Laurence Corroy, La presse des lycéens et des étudiants au 19ème siècle’

lecture: Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures

Kristin ROSS, Mai 68 et ses vies ultérieures, Bruxelles, Editions Complexe, 2005, 250 p. Publié à Chicago en 2002, traduit en français cette année grâce au Monde diplomatique, cet ouvrage s’intéresse aux « vicissitudes de la mémoire d’un événement politique de masse «, à savoir Mai 68 en France. Kristin Ross s’y attache à démonter les mécanismes de la construction médiatico-intellectuelle d’une « histoire officielle « de Mai 68, qui, à chaque commémoration, cherche à imposer la vision de l’événement comme manifestation principalement culturelle de la modernisation nécessaire de la France des années 60 ; décoder l’encodage « déshistoricisé et dépolitisé «. Continue reading ‘lecture: Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures’

lecture: Julien Nogues. Les droites face au « problème de la jeunesse », Une histoire des années 1968 à 1974

NOGUES, Julien, Les droites face au « problème de la jeunesse », Une histoire des années 1968 à 1974, mémoire de sciences politiques, Sciences-Po Rennes, 4° année, sous la direction de Gilles Richard, 2003.

Si les relations entre la droite et la jeunesse à la fin des années soixante ont souvent été évoquées, aucune étude précise n’existait sur ce thème. Cette lacune, grâce au mémoire de Julien Noguès, est aujourd’hui réparée. L’auteur, loin de sombrer dans la facilité, traite avec nuance et rigueur d’un sujet beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Il démontre de manière convaincante que ce « problème de la jeunesse » n’est qu’une construction dont la résolution était devenu un enjeu politique essentiel. Continue reading ‘lecture: Julien Nogues. Les droites face au « problème de la jeunesse », Une histoire des années 1968 à 1974’

lecture: Marianne Mugnier, Le mouvement étudiant à Dijon en mai-juin 1968

Marianne MUGNIER. Le mouvement étudiant à Dijon en mai-juin 1968. Mémoire de master I, Université de Bourgogne, département d’histoire, sous la direction de Jean Vigreux, maître de conférence en histoire contemporaine, 2004-2005, 76 pages + XLI pages d’annexes. Enfin, la troisième tentative aura été la bonne ! Dijon, ville universitaire, à l’instar d’autres capitales régionales, n’avait pas encore une étude scientifique sur « son » mai 68[1]. D’autres s’y étaient essayés – entre autre le directeur du mémoire… -, une autre étudiante durant deux ans, sans plus de succès. Il faut donc saluer l’aboutissement du travail de Marianne Mugnier[2] pour avoir réussi à défricher le mai dijonnais estudiantin, dans une lecture renouvelée du local[3] au prisme du national. Continue reading ‘lecture: Marianne Mugnier, Le mouvement étudiant à Dijon en mai-juin 1968’

lecture : Sarah Guilbaud, Mai 68 à Nantes

Sarah GUILBAUD, Mai 68 à Nantes, Nantes, Coiffard, 2004, 220 p. Sur le même cas nantais / sujet, Sarah Guilbaud nous propose un ouvrage, mais dans une toute autre logique quelque peu différente. Quitte à être trop modeste, l’auteur, dans son avant-propos, ne se veut ni historienne, ni sociologue et se « propose plus simplement d’évoquer les faits marquants du mouvement nantais «. Ce qu’elle fait de la plus belle des façons ! Voilà un bel exemple d’exposition grand public de la diversité et de la richesse du mouvement de mai dans une région, dans une ville donnée ! Et quelle ville ! Effectivement, « Nantes la rouge « a été le berceau d’un mouvement particulièrement fort et original… Sarah Guilbaud nous en retrace toutes les étapes, de la genèse au sein du nouveau site universitaire du Tertre ou dans le « programme d’action des organisations syndicales ouvrières et agricoles de l’Ouest « à la fin de la « rêve-olution «, marquée par la victoire gaulliste aux législatives de juin 1968 et les dernières évacuations d’usines et facultés occupées. Continue reading ‘lecture : Sarah Guilbaud, Mai 68 à Nantes’

lecture : Hans-Ulrich Wipf, Studentische Politik und Kulturreform. Geschichte der Freistudenten-Bewegung 1896-1918 (Polique étudiante et réforme culturelle. Histoire du Mouvement des étudiants libres, 1896-1918)

Hans-Ulrich WIPF, Studentische Politik und Kulturreform. Geschichte der Freistudenten-Bewegung 1896-1918 (Polique étudiante et réforme culturelle. Histoire du Mouvement des étudiants libres, 1896-1918), préface de Michael Buckmiller, Schwalbach/T, Wochenschau-Verlag, 2004, 309 p. (Edition Archiv der Jugendbewegung)

Lorsque j’ai commencé, il y a plus d’un quart de siècle, à travailler sur les étudiants russes en Allemagne avant la première guerre mondiale et plus particulièrement sur la «question des étrangers», j’ai bénéficié d’une part des travaux de Gilbert Gillot sur les corporations étudiantes allemandes et d’autre part de son encouragement à consulter les fonds de l’Institut für Hochschulkunde (science de l’enseignement supérieur) à Würzburg où Hans-Ulrich Wipf a lui aussi abondamment puisé sa documentation. Il m’est alors apparu que les «amis» des Russes se recrutaient surtout parmi les «étudiants libres» (Freistudentenschaft, Finkenschaft, Wildenschaft) et j’ai déploré l’absence d’une étude les concernant, une absence qui vient d’être magistralement comblée  par Hans-Ulrich Wipf. Continue reading ‘lecture : Hans-Ulrich Wipf, Studentische Politik und Kulturreform. Geschichte der Freistudenten-Bewegung 1896-1918 (Polique étudiante et réforme culturelle. Histoire du Mouvement des étudiants libres, 1896-1918)’

Bibliographie indicative sur les mouvements lycéens

Bibliographie indicative sur les mouvements lycéens,

Le GERME a organisé un cycle de séminaires en 2001/2002 consacrés aux mouvements lycéens, avec Jacques Varin (“ résistances lycéennes ”), Karel Yon (« le mouvement lycéen contre la Loi Debré » de 1973), Laurence Courroy et Thomas Rogé (“ l’expression lycéenne ”) et Alain Borredon (les mouvements des années 1990).
Ci-dessous, une bibliographie sommaire de quelques travaux sur les mouvements lycéens depuis 68. (mis à jour au 25 juillet 2016) Continue reading ‘Bibliographie indicative sur les mouvements lycéens’

lecture: Jean François Sirinelli, Les baby-boomers. Une génération 1945-1969

Jean-François SIRINELLI, Les baby-boomers. Une génération 1945-1969, Paris, Fayard, 2003, 324 p. L’ouvrage de Jean-François Sirinelli se garde bien de s’aventurer sur les pentes savonneuses de l’ego-histoire. Si le livre est dédié à sa mère «qui donna le jour à trois baby-boomers», il ne précise nullement s’il était l’un d’entre eux. Et pourtant, il émane de ce livre un relent de quête de la respectabilité qui a incité bien des soixante-huitards (le terme n’est pas employé) à prendre leurs distances par rapport à l’aventure de leurs jeunes années, un courant particulièrement répandu en Allemagne, par exemple. La chute du Mur de Berlin est passée par là avec la démonétisation, dans la foulée, de la gauche, y compris non communiste. Continue reading ‘lecture: Jean François Sirinelli, Les baby-boomers. Une génération 1945-1969’

biographie : Paul Bouchet

BOIUCHET COMITE AG LYON

Comité de l’AG de Lyon en 1946. Paul Bouchet au premier rang, troisième en partant de la droite.

(Actualisation: décès 25 mars 2019. Voir communiqués et hommages du Germe et de la Cité des mémoires étudiantes sur notre site).

Né le 2 août 1924 à Saint Etienne, son père est employé à la Manufrance d’Etat et sa mère s’occupe des trois enfants. Paul Bouchet se trouve au moment de la débâcle, en juin 1940, à Lyon, puis après Noël à Panissières (Loire) où son père est muté. Là, il s’engage dans la Résistance, expérience fondatrice, alliant des individus de tous horizons sur des objectifs communs et concrets d’émancipation, ce que Paul Bouchet va à chaque fois tenter de renouveler : « ça a toujours été le rêve de ma vie, c’est de regrouper les jeunes ouvriers, les jeunes paysans et les jeunes intellectuels » (entretien avec l’auteur, 1995).
Après la Libération, il s’inscrit à la faculté de droit de Lyon en 1945, et devient président de l’Association générale des étudiants de Lyon. Participant avec Miguet à la commission d’études syndicales de l’association, il est le rédacteur d’un texte adopté au congrès de Grenoble de l’UNEF d’avril 1946, texte qui devient par la suite un texte de référence du syndicalisme étudiant, dit «Charte de Grenoble». Désigné par le conseil d’administration de l’UNEF en janvier 1946, il est membre de la délégation française à l’Union internationale des étudiants, participant au «Comité préparatoire international» du congrès de l’UIE (Prague, novembre 1946). Il participe également à l’Entr’aide universitaire internationale dont les tâches dans l’après-guerre sont énormes. Continue reading ‘biographie : Paul Bouchet’

Fonds Société des étudiants russes de Paris

(Obchtchestvo russkikh studentov v Parije, 1908-1911)[1]

Des travaux d’archivage entrepris récemment par le Département des archives et de la recherche de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Nanterre (BDIC) ont permis l’accès à de nombreux documents qui n’étaient pas référencés jusqu’à présent. C’est le cas, en particulier, des archives de la bibliothèque russe Tourgueniev à Paris qui contiennent, entre autres, un registre des pièces qui furent cédées à ce centre culturel qui servait aussi de lieu de rencontres pour les émigrés de l’ex-empire tsariste. Ainsi dans la pochette « numéro neuf » figure une liste de dossiers qui, ainsi que nous pouvons le supposer, furent apportés en avril 1940 dans le but d’être conservés en sécurité alors que l’armée allemande avançait. Continue reading ‘Fonds Société des étudiants russes de Paris’