lecture : Philippe Campinchi, Les lambertistes, un courant trotskyste français,

CAMPINCHI Philippe, Les lambertistes, un courant trotskyste français, Balland, 2000. Voici un livre qui annonce – sinon la couleur – du moins son objet : «les lambertistes». Christophe Bourseiller avait également traité de ce courant, mais avec le titre «cet étrange Monsieur Blondel». C’était sans doute un argument de vente (le dirigeant de la CGT-FO est plus connu que «cet étrange Monsieur Lambert») mais aussi de contenu. En effet, autant Bourseiller cherchait à résoudre la question «les lambertistes contrôlent-t-ils Force Ouvrière», ce qui est une approche particulière centrée sur le «secret» et «l’entrisme», autant Philippe Campinchi tente sinon d’expliquer, du moins de décrire différents aspects «sans concession ni illusion, sans fascination ni refoulement». Continue reading ‘lecture : Philippe Campinchi, Les lambertistes, un courant trotskyste français,’

biographie: membres des bureaux de l’AGEL (Lyon), 1952-1960

Liste élaborée par Nathalie Luyckx pour son mémoire Le corporatif et le syndical dans l’AGEL (note Morder). A signaler que, dans ce mémoire, Nathalie Luyckx publie pour chaque bureau la résolution d’orientation adoptée lors de l’AG élective.

Liste publiée dans Les Cahiers du Germe, n° 18, 2001 Continue reading ‘biographie: membres des bureaux de l’AGEL (Lyon), 1952-1960′

lecture : Anne Muxel, L’expérience politique des jeunes

MUXEL, Anne,  L’expérience politique des jeunes, Paris, Presses de Sciences Po, 2001, 181 pages. Pour qui s’intéresse à la socialisation politique des jeunes, les travaux d’Annick Percheron et ceux, plus récents, d’Anne Muxel se présentent comme des références. L’expérience politique des jeunes s’inscrit dans la continuité d’un ouvrage paru en 1996, Les jeunes et la politique. Plus complet, celui-ci permet d’approfondir certaines questions et de présenter les résultats de plusieurs enquêtes récentes réalisées par l’auteur.

Comme le souligne l’auteur dès son introduction, la participation des jeunes à la vie de la cité et aux consultations électorales se présente comme une préoccupation récurrente. Entre « sirènes alarmistes » et incompréhension, le rapport des jeunes à la politique suscite de nombreux commentaires emprunts à la fois d’une représentation de la jeunesse, de référents historiques mais aussi d’une méconnaissance de ce même rapport. Continue reading ‘lecture : Anne Muxel, L’expérience politique des jeunes’

lecture : soutenance de thèse, présentation de Valérie Becquet

Le 1er mars 2001, Valérie Becquet a soutenu sa thèse de Doctorat de Sciences de l’éducation, intitulée Fondements et dimensions de la participation associative des étudiants à l’Université (477 pages + annexes). Son jury était composé d’Alain Coulon (professeur à l’Université de Paris VIII), de Dan Ferrand-Bechman (professeur à l’Université de Paris VIII), de Pierre Merle (professeur à l’IUFM de Bretagne), d’Henri Peyronie (professeur à l’Université de Caen) et de Roger Sue (professeur à l’Université de Caen). Ce texte présente les grandes lignes de ce travail.

Publié dans les Cahiers du Germe trimestriel, n° 2001 Continue reading ‘lecture : soutenance de thèse, présentation de Valérie Becquet’

lecture : Marnix Dressen, De l¹amphi à l¹établi, les etudiants maoïstes à l¹usine, 1967-1989

« Fuir le monde étudiant »

DRESSEN, Marnix, De l¹amphi à l¹établi, les etudiants maoïstes à l¹usine, 1967-1989, Paris, Belin 2000, 431 p. Issu d’une thèse de doctorat en même temps que d’une expérience personnelle, De l’Amphi à l’Etabli n’est pas un récit, mais une analyse et une interprétation du phénomène qui vit entre 1967 et 1989 (date de l’enquête), mais pour l’essentiel entre 1970 et 1973, 2000 à 3000 jeunes étudiants et lycéens abandonner leurs études sous l’influence du maoïsme pour s’embaucher en usine et devenir ce que le jargon militant appelait des « établis «. Continue reading ‘lecture : Marnix Dressen, De l¹amphi à l¹établi, les etudiants maoïstes à l¹usine, 1967-1989’

lecture: Sonia Lefeuvre, Les associations et syndicats étudiants : un moyen d’intégration ?,

LEFEUVRE, Sonia, Les associations et syndicats étudiants : un moyen d’intégration ?, mémoire de Maîtrise de Sociologie sous la direction d’Alain Vilbrod, Université de Bretagne Occidentale, 2000, 106 pages + annexes.

Toujours à la recherche de travaux sur l’engagement actuel des étudiants, nous scrutons l’horizon. Après Lyon et le travail de Thierry Lichet, nous voici à Brest en compagnie de Sonia Lefeuvre. Notons immédiatement l’existence d’un point commun entre ces deux étudiants : la participation à une association. « […] ayant eu l’occasion de faire un voyage au Portugal avec une association étudiante d’histoire, je me suis rendue compte qu’il y avait une vie à la faculté, en dehors des cours et de la bibliothèque. Continue reading ‘lecture: Sonia Lefeuvre, Les associations et syndicats étudiants : un moyen d’intégration ?,’

lecture : Didier Fischer, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours

« Un pavé contre les mythes »

FISCHER, Didier, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion, 2000, 611 p. Un « pavé » pour traiter du mouvement étudiant, cela s’imposait : le livre de Didier Fischer en effet offre une somme de plus de six cents pages qu’on attendait sur l’histoire des étudiants en France depuis 1945. Pourtant il faut prendre le titre au sérieux : issu d’une thèse d’histoire soutenue en 1999, il s’agit  d’une étude d’ensemble sur les étudiants dans leur masse, depuis 1945, et non d’une histoire des seuls mouvements étudiants. Délibérément d’ailleurs, le chapitre consacré à Mai 1968 n’occupe qu’une quarantaine de pages, bien venues, sur le total ; mais il est inséré dans une perspective large et prend place dans une deuxième partie consacrée à la période 1962-1969, « temps des mutations et des crises », après une période 1945-1962 qui serait celle d’une longue « après-guerre », et avant  les années de 1969 à nos jours, celles de « l’expansion universitaire et des nouveaux étudiants ». Continue reading ‘lecture : Didier Fischer, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours’

lecture : Geneviève Dreyfus-Armand, Robert Frank, Marie-France Levy, Michelle Zancarini-Fournel, Les années 68. Le temps de la contestation

DREYFUS-ARMAND, Geneviève, FRANK, Robert, LEVY, Marie-France, ZANCARINI-FOURNEL, Michelle, Les années 68. Le temps de la contestation, Bruxelles, Editions Complexe/IHTP-CNRS, 2 000, 525 p. Le colloque avait été passionnant, l’ouvrage qui en est issu ne l’est pas moins. Ce qui le rend tour particulièrement intéressant, c’est le croisement de divers champs d’investigation. Les figures tutélaires du mouvement de mai – en particulier Che Guevara, la plus durable, surplombent le passage de l’anti-colonialisme à l’anti-impérialisme et au tiers mondisme. Les années 68, c’est aussi l’amorce de profondes transformations dans l’habitus, les manières de se vêtir à partir de l’impulsion venue de l’Angleterre, les pratiques culturelles et, par conséquent, la « création » artistique à proprement parler, selon des temporalités contrastées. La chanson d’Antoine sur les  cheveux longs qui avait été évoquée comme emblématique lors du colloque a disparu du volume. Pourtant, elle faisait sens. Continue reading ‘lecture : Geneviève Dreyfus-Armand, Robert Frank, Marie-France Levy, Michelle Zancarini-Fournel, Les années 68. Le temps de la contestation’

biographie : présidents de la MNEF 1948-2000

Liste des présidents de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) de sa création en 1948 à sa dissolution en 2000. Etablie à partir de Jean-Jacques Hocquard, Dictionnaire des 40 ans, (MNEF, 1988) et complétée par Robi Morder.  Continue reading ‘biographie : présidents de la MNEF 1948-2000’

Les architectes et le mythe de Mai 68

Le travail de thèse(1) s’est plus particulièrement attaché aux composantes sociales de la production architecturale en partant du constat que l’objet architectural est le fruit, certes, de conceptions, de parti-pris individuels, mais aussi du fonctionnement d’un champ architectural.

Il a d’abord fallu isoler les instances spécifiques d’affiliation des architectes (des ateliers des Beaux-Arts aux lieux de sociabilité en passant par les groupes politiques ou les UP contemporaines…), de légitimation (revues, recherche, prodution théorique…) et de consécration (concours, expositions, prix divers…), de 1968 au début de la décennie 1980 essentiellement, en s’interrogeant sur les modalités de constitution d’une signature.

En s’attachant plus particulièrement aux « architectes-intellectuels » (définis comme producteurs de biens symboliques élaborant une réflexion sur leur travail qui oriente des prises de position publiques), il s’agissait d’identifier les modalités de constitution et d’évolution d’un espace de production (écrite, dessinée et construite) spécifique qui conditionne l’autonomie de la production architecturale. Se retrouvait en outre, toute proche, au cœur de ma démarche, l’idée gramscienne d’un intellectuel pensé comme l’émanation critique d’un milieu auquel il donne les moyens de se penser.

L’affirmation que le collectif et l’individu sont coproduits par l’action sociale et qu’ils sont donc historiquement variables a par ailleurs contribué à fixer le cadre d’une démarche socio-historique. L’objet social se construit donc aux frontières d’actions collectives et individuelles, entre dispositifs et dispositions, et les modalités de cette construction évoluent dans le temps.

Et c’est là, au carrefour de ces logiques que s’est progressivement dessinée la silhouette presque écrasante des « événements » de 68. Ce moment de crise, en les exacerbant, offrait en effet une excellente lisibilité des positions et permettait de mieux comprendre les logiques à l’œuvre au sein du champ architectural. Repérée à travers la quarantaine d’entretiens menés auprès des acteurs ou témoins de ces années-là, mais aussi au fil du travail bibliographique préliminaire, cette silhouette s’est nettement affinée par la suite grâce à la lecture des archives, administratives essentiellement, qui se sont ouvertes une fois expiré le délai légal des trente années. Des archives qui m’ont notamment montré que contrairement au caractère mythique qu’ont revêtu les « événements » au gré de la sédimentation, depuis 30 ans, des récits d’acteurs, pas grand chose en fin de compte n’avait réellement eu lieu au cours du mois de Mai, tout du moins pour ce qui concernait l’architecture. Beaucoup de choses se sont en effet passées en Mai, très importantes, essentielles, mais la teneur des événements chez les architectes a plutôt à voir avec une « sortie du ghetto », une évasion hors du champ de l’architecture, qu’avec un réel moment de transformation de leur monde. De nombreuses transformations avaient en effet déjà profondément transformé l’enseignement, et ce sont les années qui suivent immédiatement 68 qui vont chambouler la division du travail et le rapport à la commande qui régissait jusqu’ici l’activité des architectes.

Lorsque les porte-paroles plus ou moins autorisés de cette génération reviennent sur ces années-là, ils ont l’habitude, surtout pour ceux d’entre eux qui se sont le plus intensément engagés, de dire que cette génération qui voulait changer le monde n’a pour finir pas changé grand-chose, sinon rien du tout. En reprenant les termes sur lesquels s’achève notre introduction, on pourrait leur objecter de manière provocante et pour ce qui concerne notre objet qu’ils trompent et surtout qu’ils se trompent. En fait, il faudrait dire plus précisément en quoi ils se trompent. Nous l’avons en effet assez dit pour les architectes, cette génération a changé énormément de choses. Il est vrai cependant que ces changements ne répondaient pas toujours aux revendications originelles (encore que, nous l’avons vu, la chose se révèle bien plus complexe et lutter contre les « féodalités » n’a rien d’anodin). Mais pour finir, cette génération n’aurait-elle instauré qu’une nouvelle division du travail, se superposant à l’ancienne, qu’elle aurait au bout du compte changé énormément de choses. C’est vrai, le travail est donc toujours divisé, contrairement à ce que cette génération désirait à ses origines, mais une nouvelle division du travail, ce n’est pas rien. Plus rien ne sera comme avant, c’est faux, mais tout est un peu changé et ça compte. Cette nouvelle division du travail a partie liée avec le morcellement des opérations et surtout la généralisation du concours sur invitations qui revient tout au long de ce travail comme un miroir, en négatif, des revendications de 68, contre les « féodalités », contre les « mandarins », contre le déclassement, contre la qualité, pour la qualité, pour la conception et le projet, pour le versant intellectuel, pour l’apport des compétences et la pluridisciplinarité, comme une réponse – partielle – aux questions d’abord confusément posées dès 1965-1966.

Dire que tout cela découle en droite ligne des « événements » de 68 est certainement abusif, mais omettre ce lien causal est une erreur. Ce lien est donc complexe, j’ai assez essayé de l’isoler au fil des pages de ma thèse, mais il existe, c’est certain.

Jean-Louis Violeau

Les Cahiers du Germe n° 22-23-24, 2000

1 Résumé de la thèse de doctorat en Urbanisme et aménagement, Ville et environnement Doctorat Le projet architectural et urbain, soutenue le 10 décembre 2002 Directeur : Monique Eleb Jury : Jean-Louis Cohen, Jean-Charles Depaule, Gérard Mauger, Michelle Zancarini.