AAC. Lost in Translation Langues et mobilités étudiantes : perspectives historiques (19e-21e siècles)

hippocratis_jusiurandumAppel à contributions. Journée d’études – Université de Genève – 16 juin 2026 (date limite soumission 20 janvier 2026). À partir du XIXe siècle, les mobilités étudiantes internationales ont connu un essor sans précédent. Celui-ci s’est accéléré après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de compétition entre les blocs mais aussi de marchandisation des circulations académiques. Les flux ont progressivement intégré des territoires de plus en plus éloignés les uns des autres et les pôles d’accueil se sont diversifiés : en 2022, ce sont ainsi 6,9 millions d’individus qui étudient à l’étranger, selon l’UNESCO, et aucun continent n’est épargné par ce phénomène. Dans ce contexte, la question de l’apprentissage des langues demeure fondamentale puisqu’elle conditionne à la fois l’expérience de la mobilité et l’accès aux savoirs et aux formations : dans quelle(s) langue(s) étudie-t-on ? Et comment apprend-on ces langues ? Par quels intermédiaires ? Au-delà des considérations purement pratiques, cet apprentissage linguistique se retrouve également au cœur d’enjeux plus vastes, non seulement éducatifs mais aussi politiques, sociaux ou diplomatiques, et intègre une large gamme d’acteurs et d’actrices (enseignant·es, administration universitaire, pouvoirs publics, associations…). Forte de ce constat, cette journée d’étude propose de nourrir une réflexion sur les langues de la mobilité étudiante, depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours, à travers une perspective historique jusqu’ici peu explorée.

Depuis plusieurs décennies, les historien·nes se sont en effet saisis des mobilités étudiantes en proposant avant tout une histoire sociale de ces migrations spécifiques. Ils et elles ont étudié les groupes  sociaux  concernés  et  les  modalités  de  leurs  circulations (MANITAKIS 2000 ; KARADY 2002 ; MOULINIER 2011), en intégrant des perspectives genrées (CATTAN 2004 ; TIKHONOV-SIGRIST ; DURAND 2020) mais aussi le vécus des étudiant·es en termes d’accueil, d’intégration et/ou de discrimination (KÉVONIAN, TRONCHET 2013 et 2022), voire les perspectives sociales et professionnelles offertes par ces circulations. En parallèle, une attention particulière a parfois été portée aux enjeux politiques et diplomatiques associés à la mobilité étudiante, à travers le prisme des coopérations et concurrences transnationales ou transimpériales (KATSAKIORIS 2022 ; MATASCI, RUPPEN-COUTAZ 2024), révélant certains tenants de la diplomatie universitaire et culturelle (LERG, ADAM, 2015 ; TRONCHET 2016, SUZARTE 2023), sans négliger les mobilisations et trajectoires d’engagement des étudiant·es eux et elles-mêmes (LAQUA 2017 ; LÖHR, 2024 GILLABERT, LESNYKH, PESTA 2025[UdMO1]). En termes géographiques, outre une approche renouvelée de l’européanisation des universités (RUPPEN-COUTAZ, PAOLI 2024 ; HAIKOLA, ÖSTLING 2025), les recherches sur les circulations académiques intègrent désormais des territoires de départ et d’arrivée plus variés, incluant les espaces (post)coloniaux et plus largement non-occidentaux (HARRELL, 1992 ; MUKERJEE 2010 ; FEI, 2017 ; LEGRANDJACQUES 2021). Or, ces travaux historiques ne font jamais de la question de l’apprentissage des langues par les étudiant·es en mobilité un objet d’étude à part entière, contrairement aux études en linguistique (MESSANA 2024) ou en sciences de l’éducation et didactique (RUET 2018 ; MOLINIER, MOORE 2020[UdMO2]).

Afin d’amorcer une réflexion historique mais ouverte à l’interdisciplinarité (sciences de l’éducation, sociologie, sciences politiques, linguistique…) sur les langues de la mobilité étudiante, plusieurs axes de réflexion seront privilégiés, présentés ci-dessous.

  • Accéder à la langue de l’étude : outils et méthodes. Ce premier axe propose de réfléchir à la manière dont les étudiant·es en mobilité parviennent à poursuivre leur formation d’un point de vue linguistique, et à ainsi accéder à de nouveaux savoirs. Il s’agit, d’abord, d’examiner les outils, supports et dispositifs mis à leur disposition, avant ou durant leur séjour, et la manière dont ils s’en saisissent – ou En parallèle de cette agentivité étudiante, la journée d’études a pour dessein de mettre en lumière les pratiques et les innovations pédagogiques mises en œuvre afin d’assurer l’acquisition de la langue de l’étude : quelles sont les différentes langues de l’étude (langue du pays d’accueil, anglais…) et comment leur articulation évolue-t-elle au fil du temps ? Quels ont été les supports et matériels utilisés (manuels, laboratoires de langues, ordinateurs) ? Des innovations disciplinaires, en linguistique notamment, sont-elles notables ? Quel impact le développement des mobilités étudiantes a-t-il eu sur l’enseignement des langues et les curricula dans les pays d’accueil ? En particulier, quels liens peut-on observer entre les mobilités étudiantes et le développement des départements de langues étrangères et d’études aréales ?
  • Acteur·rices et lieux de l’apprentissage. Les enjeux linguistiques des études à l’étranger mobilisent des acteurs et actrices varié·es, au-delà de l’étudiant·e lui/elle-même. Si le personnel universitaire, dans son sens le plus large (enseignant·es, administration…), s’y investit, des acteurs·rices extérieur·es peuvent également y prendre part, qu’il s’agisse des pouvoirs publics, d’associations, étudiantes ou non, ou encore de personnes privées. La question des réseaux – familiaux, migratoires, d’alumni, etc. – est également posée. Révéler la diversité de ces individus et groupes permet, notamment, de prendre en compte les enjeux liés au genre : quelle était notamment la place occupée par les femmes au sein du corps enseignant ? En parallèle, la question des lieux de l’apprentissage se pose : dépassent-ils le cadre des salles de cours de l’université ? Quelles pratiques sociales spécifiques révèlent-ils ? Quelle place tiennent certains lieux-tiers, tels les résidences universitaires, les cafés ou encore les espaces privés ? Ces éléments permettent, de cette manière, de préciser les contours de l’espace vécu de l’étudiant·e en mobilité et d’écrire une histoire sociale de ceux et celles-ci au-delà du simple cadre de l’université.
  • Langues et diplomatie. L’enseignement et la pratique des langues sont également une affaire politique. Ils s’insèrent à la fois dans les pratiques et stratégies liées aux diplomaties linguistique, universitaire et culturelle. Depuis la fin du xixe siècle, ces enjeux ont pu s’exprimer à différentes échelles et dans différents cadres : empires coloniaux, bipolarisation du monde… Que peut-on dire de l’accès à la langue du colonisateur ou, au contraire, d’un État étranger, dans le cadre des circulations des étudiant·es colonisé·es ? De plus, les langues apparaissent aussi comme une question et un enjeu de relations internationales. Par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, les tensions liées à la guerre froide exercent une influence sur les circulations académiques : comment la compétition entre blocs dans la captation de la mobilité étudiante s’est-elle déclinée sur le plan linguistique ? Comment la langue anglaise s’est-elle imposée comme incontournable dans les curricula et les mobilités académiques ? Plus récemment, la fin de la bipolarisation du monde et le phénomène de l’européanisation a pu introduire de nouveaux enjeux et de nouvelles pratiques dans l’apprentissage des langues, qui demandent encore à être étudiées.
plusieurs de ces axes et/ou proposant des élargissements de ceux-ci sont à soumettre avant le 20 janvier 2026 à l’adresse suivante : langstudmob.2026@gmail.com.
Elles doivent comprendre un titre provisoire, un résumé de la communication mentionnant la méthodologie et/ou le type de sources mobilisées (2 000 signes maximum) et une brève présentation biographique.

Comité organisateur

Sara Legrandjacques (Sorbonne Université / membre associée IHMC) Damiano Matasci (Université de Genève)

Jules Siran (Université de Genève) Annalise Walkama (University of Idaho)

Comité scientifique

Antonin Durand (Sorbonne-Université), Justine Faure (Université de Lille), Matthieu Gillabert (Université de Fribourg), Irène Herrmann (Université de Genève), Rita Hofstetter (Université de Genève), Janet R. Horne (University of Virginia), Sandrine Kott (Université de Genève), Daniel Laqua (Northumbria University), Johan Östling (Lund University), Mikuláš Pešta (Charles University, Prague), Pierre Singaravélou (Université Paris-1), Ludovic Tournès (Université de Genève).

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