Jan Pierre Delaville (1933-2017)

delaville-diner-aaunef-9-fevrier-2006-senat-photo-rmUne fidélité sans faille à la santé et à l’action collective des étudiants

Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder

Jan-Pierre Delaville est décédé le 5 janvier dans sa commune de Créteil. Il avait 83 ans. Il était né le 25 août 1933 à Paris d’un père secrétaire de mairie, et d’une mère secrétaire. De 1940 à 1942 son père, Jean-Jacques Delaville, a participé à la résistance à l’occupant en prenant la responsabilité de 4 000 faux papiers[1]. Après des études au lycée Michelet de Vanves, il s’inscrivit à à l’École Pratique des Hautes Études. Passionné par l’audiovisuel et la pédagogie, il poursuivit ses études à l’Institut de Filmologie, et devint réalisateur à la Radio télévision scolaire (RTS) de 1965 à 1970 où son engagement syndical à la CGT, puis après 1968 à la CFDT, confirmait un militantisme syndical initié au sanatorium et à l’UNEF durant ses études – études reprises pour obtenir sa thèse de 3e cycle en 1978.

L’engagement étudiant fut aussi un engagement syndical et politique dans la « génération algérienne », à l’UNEF, avec le « groupe Reconstruction » de la CFTC en vue de sa déconfessionalisation aboutissant à sa transformation en CFDT une décennie plus tard, dans les processus politiques (Regroupement de la gauche étudiante, Nouvelle gauche dont il fut responsable étudiant, Union de la gauche socialiste, ) ayant conduit à la création du PSU – parti dont il fut membre dès le début de son Comité politique national, parti qu’il quittera en 1975 pour rejoindre le Parti socialiste[2].

A gauche: Jan-Pierre Delaville dans un repas de l’AAUNEF au Sénat. 9 février 2006. Photo Robi Morder

Le Sanatorium étudiant fut sans aucun doute un élément fondateur pour Jan-Pierre Delaville. De santé fragile il subit comme une partie de sa génération une affection pulmonaire. C’est ainsi qu’il est entré au Sanatorium de Saint Hilaire du Touvet, devint un militant actif de l’AGES (AGE des étudiants en sanatorium) défendant face au « pouvoir médical » une autonomie collective des étudiants. En 1962-1963 il intègre le bureau national de l’UNEF dont il occupa la vice-présidence santé tout en accordant une grande importance – au BN comme au sana (et plus tard au PSU)– aux activités culturelles.

3-photos-delavilleMarqué par l’expérience du sana, de la sociabilité particulière dans le contexte politique de l’époque, liant trois combats : contre la maladie, pour les études, pour le syndicalisme étudiant, Jan Pierre Delaville est resté d’une fidélité sans faille à l’action collective pour la santé étudiante : administrateur des sanas étudiants en 1979, secrétaire général de 1983 à 1988. Pilier de l’Association Guy Renard (anciens des sanas) et de l’AAUNEF il fut aussi un fidèle soutien à la recherche et aux archives étudiantes. Il participa à diverses journées archives et mémoires étudiantes à Reims en 2005 comme en Ile-de-France ensuite, nous aida grandement pour la sortie du livre « La FSEF…. » que nous avions présenté en septembre 2010 à Saint Hilaire. Jan-Pierre était soucieux de transmettre : souvenirs gravés dans nos mémoires, d’anecdotes, de descriptions, d’explications (au risque de déborder le temps prévu de l’ordre du jour), mais heureusement pour ceux qui n’ont pas eu la chance de le connaître, de l’écouter, son témoignage a été recueilli par la Cité des mémoires étudiantes et chacun peut l’entendre sur le site cme-u.fr.

Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder

[1] Note biographique de Jean-Claude Gillet dans le Dictionnaire biographique du mouvement social (le « Maitron »).

[2] Voir aussi « Témoignage biographique de Jean Pierre Delaville » de 2008 sur le site de l’Institut Tribune socialiste (ITS).

Jan-Pierre Delaville maniait beaucoup l’humour et l’ironie. Ci-dessous une motion parodique déposée par le vice président santé sortant (Delaville), devant l’enlisement de débats confus au congrès de Dijon en 1963. On y reconnaît les nouveaux thèmes débattus à l’UNEF alors.(cliquer sur le document pour l’agrandir)

 congres-1963

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