lecture : Fabienne Guimont, Les étudiants africains en France (1950-1965)

Fabienne GUIMONT Les étudiants africains en France (1950-1965) L’Harmattan 1998. Si l’on dispose de nombreux travaux sur les statistiques et la sociologie des étudiants d’Afrique noire en France, par contre peu de travaux concernaient l’organisation de ces étudiants et les rapports qu’elles entretenaient avec les institutions étatiques (tant française qu’africaines), à l’exception de quelques témoignages (C. DIANE La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir L’Harmattan 1990 et S. TRAORE La FEANF L’Harmattan 1985). La FEANF est crée en 1950 sur la base d’un terreau associatif déjà ancien (existaient plusieurs associations d’étudiants africains).

Grâce à l’accès aux archives (décrites dans ce numéro des Cahiers), Fabienne GUIMONT a pu mener une recherche qui comble nombre de lacunes. Certes, ce «chantier» demeure encore largement inachevé, mais l’auteur a le mérite de mettre en parallèle l’évolution des organisations d’étudiants africains en France et celle des politiques des Etats (de la France d’abord comme puissance coloniale, puis des nouveaux états indépendants issus de la décolonisation). En effet, la création de ces nouveaux Etats marque un tournant pour les associations d’étudiants africains. La FEANF avait pu mêler pendant l’après-guerre et les années 50 activités de services, revendicatives avec une orientation plus «politique» tournée vers la décolonisation. L’indépendance était un thème rassemblant également les étudiants catholiques africains et d’autres associations plus «modérées» que la FEANF.  Fédération d’associations territoriales, elle est aussi teintée d’un panafricanisme qui transcende les disparités ethniques et régionales. Pendant cette période, elle est en butte évidemment aux réactions du pouvoir politique français qui y voit, notamment dans le contexte de la guerre froide, une filière de pénétration «communiste» (vision réductrice comme le montre l’auteur). Il est vrai que la FEANF participe à l’UIE, maintiendra des liens avec l’UGEMA au moment où les liens de cette dernière avec l’UNEF sont rompus. L’indépendance des nouveaux Etats change la donne puisque ces derniers tentent de contrôler («étatiser») d’une manière ou d’une autre les associations, et visent en conséquence à réduire le panafricanisme au profit de la diplomatie particulière de chaque Etat. De surcroît, à partir de l’indépendance, les associations d’étudiants africains deviennent des associations étrangères, soumises à l’époque à un régime particulier (abrogé en 1981). La politique de coopération (conflictuelle) menée par le gouvernement français vise également à contrôler les étudiants africains en France, considérés comme la future élite qu’il fallait donc encadrer et former dans une perspective favorable à cette coopération. La description de la concurrence avec Moscou ou Washington en matière d’accueil des étudiants africains (avec visites organisées par les Français à Moscou pour «vacciner» les leaders étudiants africains invités) est assez savoureuse.

Le livre décrit assez bien les interactions entre ces différents acteurs aux diverses étapes historiques, et notamment la manière dont le gouvernement français évince des différents offices les représentants étudiants, refusant la co-gestion réclamée par la FEANF, favorisant en retour une radicalisation politique de cette dernière (tout en tentant d’en modifier l’orientation par un jeu de promesses à diverses associations et composantes, et d’une politique de répression sélective). Le parallèle avec l’UNEF des années 60 est saisissant : celui d’une radicalisation / «désyndicalisation» répondant au refus de négociation / participation. L’approche en termes de «formation des élites» est évidemment intéressante, «des parallèles et des correspondances verbales se tissèrent entre les notion d’étudiants, d’élites et de classes dirigeantes dans les années 50»

Il est dommage que les relations FEANF / UNEF ne soient pas très approfondies (l’UNEF  étant, d’après l’annuaire de l’UNESCO en 1954, «l’organisme représentatif des étudiants français et des étudiants d’outre-mer»)., mais cela nécessite sans doute l’accès à d’autres sources, en privilégiant notamment le local car c’est certainement là que les relations concrètes ont du être les plus visibles. Belles pistes de recherche, et une histoire à compléter puisque la FEANF disparaît en 1980 mais pas les associations nationales.

Robi Morder

Les Cahiers du Germe trimestriel n° 9 – 4° trimestre 1998

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