Il y a 70 ans, Prague, en août 1946: le congrès de fondation de l’Union internationale des étudiants

wsn46Après la conférence du 18 novembre aux Archives diplomatiques avec Paul Bouchet et Tom Madden  (en téléconférence depuis les USA) et l’inauguration de l’exposition « 150 ans d’engagements étudiants à l’international », (retour en images sur le site de la Cité) notre ami Tom Madden a complété avec de nouvelles illustrations et documents. Occasion de revenir sur le processus de création de l’UIE fondée en août 1946 à Prague. (premier épisode : le CPI de janvier 1946, deuxième épisode le CPI d’avril 1946 ). Voici le troisième et dernier épisode de ce 70ème anniversaire : le congrès de fondation de l’UIE

C’est à la deuxième CPI qu’avait été décidée la tenue du congrès constitutif des 17 au 31 août 1946  à Prague (voir notre précédent article). Paris avait été envisagée mais l’UNEF s’estimait à ce moment là dans l’incapacité de prendre en charge l’organisation et l’accueil d’une telle initiative[1]. Le congrès est précédé par une dernière session de la CPI à partir du 4 août. Elle travaille sans discontinuer pour accueillir près de 300 étudiants venus de 38 pays, travail important du point de vue matériel que du point de vue des travaux,

C’est à la Maison de la musique de Prague que s’ouvre le congrès le dimanche 18 août. La « cité du congrès » dispose de ses propres hôtels, salle de Conférence, banque, bureau de poste, station de radio, publications en cinq langues et système de traduction. Klement Gottwald, Premier ministre et secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque dans son discours d’accueil invite les étudiants à travailler pour la paix, à combattre sur tous les fronts les fascistes et les réactionnaires.

Trois catégories d’organisations participent au congrès : les pays comme l’Angleterre, l’Écosse, la France, le Danemark où fonctionnent des unions nationales d’étudiants représentatives ; les pays qui, faute d’UNE, ont constitué des comités de coordination ad hoc, (par exemple les États-Unis), enfin les pays sans UNE, qui n’ont pas réussi à former de tels comutés ce qui amène à l’intervention de la commission des mandats du CPI dont Tom Madden fera un rapport devant le congrès. (voir liste)

1946veltrusy

Les congressistes en pause à Veltrusy. Au milieu, agenouillé, Paul Bouchet. (Fonds Tom Madden)

Pour la suite, c’est notamment sur l’insistance de l’UNEF que dans les statuts adoptés il fut inscrit que seules les unions nationales d’étudiants représentatives ou, à défaut, des comités chargés de créer des unions, étaient à même d’adhérer à l’UIE :

« sont considérées comme unions nationales, les organisations d’étudiants

-qui représentent la majorité des étudiants,

-qui sont démocratiques dans leurs statuts,

– qui sont ouvertes à tous les étudiants, sans distinctions de sexe, de niveau social, de religion, de couleur, de race, de convictions politiques ».

Les Commissions du congrès avaient été prévues par le CPI de Pâques, il s’agissait des commissions suivantes : coopération intellectuelle ; voyages et échanges ; publications (presse écrite, radio, film) ; « student relief » (entraide) ; sports ; conditions de vie sociale, économique, de santé. Il faut y ajouter diverses commissions disciplinaires selon les filières.

Mais à l’ouverture du congrès, la CPI propose de commencer par trois commissions : « les tâches des étudiants dans l’élimination du fascisme », « les tâches des étudiants dans la reconstruction dans les zones ayant subi les dommages de guerre, et dans la construction dans les zones sous-développées », « les tâches des étudiants pour la paix et pour un monde meilleur ». Une partie des congressistes voulait inverser l’ordre du jour, mais n’est pas suivie par la majorité.  Ainsi le congrès adopte d’abord un texte de résolution intitulé « les taches de la jeunesse étudiante dans le monde d’après-guerre ». Ensuite, les autres commissions ont siégé et fait adopter par le congrès des programmes de travail. C’est ainsi que les jeux de 1947 (jeux d’hiver à Davos, et jeux d’été à Paris à charge de l’UNEF) ont été programmés. Pour l’UIE, Paul Bouchet fut le représentant – et le lien – avec l’Entraide universitaire internationale.

madden et grohmanA la fin du congrès, les instances furent composées. A la présidence, Joza Grohman (Tchecoslovaquie), avec comme vices-présidents Billi Ellis (USA), Pierre Trouvat (France), et Au Sik Ling (Chine); Alexandre Cheliepine (URSS). Au secrétariat général Tom Madden (Grande-Bretagne), et pour la trésorerie Louis Meerts (Belgique). Un comité exécutif ainsi qu’un conseil de l’UIE furent également désignés (voir liste) . Le congrès s’achève le 27 août, mais les statuts sont définitivement ratifiés par les délégations le 31 août (voir compte-rendu succint de Grohman et Madden d’octobre 1946).

Pour le leader américain, Bill Ellis, « l’UIE doit être un succès {..} à la lumière de la situation mondiale. C’est pourquoi, toutes les organisations ont une responsabilité divine {« God-given responsability »} de participer à cette organisation avec le reste des autres organisations mondiales. Ce sera principalement par notre participation que l’UIE sera ce que nous voudrons en faire, c’est-à-dire une véritable organisation représentative et démocratique. Nous ne pouvons pas échouer. »

Le pari étudiant de l’UIE (comme le séminaire préparé et organisé en commun par l’AAUNEF, Cité des mémoires étudiants et Germe s’était intitulé en octobre 2013) comme pont entre les mondes de l’Ouest, de l’Est, des pays colonisés, ex-colonisés ou en voie de décolonisation ne résista pas à la guerre froide au bout du compte, mais ce fut le pari qui tint le plus longtemps parmi les organismes internationaux issus de la fin de la guerre mondiale. Les Etats durent en effet tenir compte pendant un temps des réalités de l’autonomie étudiante, fut-elle relative.

Pour aller plus loin :

Robi Morder et Caroline Rolland-Diamond (coord), Etudiant(e)s du monde en mouvement. Migrations, cosmopolitisme et internationales étudiantes, Paris, Syllepse, 2012, avec les témoignages de Pierre Rostini et de Paul Bouchet. Voir aussi témoignages de Pierre Rostini et de Paul Bouchet au colloque « 90 ans de l’UNEF », mai 1997 ainsi l’article de Paul Bouchet dans Lyon étudiant 46: « vers une coopération universitaire internationale »

Archives Tom Madden à la Cité des mémoires étudiantes, Archives Paul Bouchet déposées par la Cité des mémoires étudiantes aux Archives nationales et son témoignage oral recueilli par la Cité, ainsi que le chapitre sur l’UIE dans Mes sept utopies, Paris, l’Atelier, 2010.

Dans Les cahiers du Germe, spécial n°2, 1997 (spécial internationales étudiantes) voir les contributions de Didier Fischer (« L’UNEF et les internationales étudiantes (1945-1965) ») et de Joël Kotek (« Les relations internationales des étudiants durant la guerre froide ») et les réactions de Tom Madden dans Les cahiers du Germe N° 18 (2001) et 21 (2002). Le manuscrit déposé  par Tom Madden à la Cité des mémoires étudiantes développe de manière plus détaillée et précise.

[1] Ceci est indiqué tant dans The British medical students journal n° 1 de 1946 (Cité des mémoires étudiantes, fonds Tom Madden) que dans le témoignage de Pierre Rostini que nous avons recueilli et enregistré en video.

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