Jean Philippe Legois, l’archiviste, l’historien, l’ami

JPL soutenance de these en mains

Avril 2023 Angers. La thèse en mains.

Jean Philippe Legois, l’archiviste, l’historien, l’ami.

Robi Morder

Jean-Philippe Legois venait d’avoir 55 ans. Il nous a quittés lundi 25 mars en début d’après-midi après avoir mené ce combat contre la maladie comme il avait mené tous ses combats, avec courage et opiniâtreté. C’est une perte énorme qui laisse un grand vide pour nous toutes et tous qui, ensemble, nous sommes embarqués dans la folle aventure de faire vivre la recherche, les archives, les mémoires des mouvements étudiants. Durant ces quasiment trente ans, de simples relations nouées autour de points d’intérêts convergents, des liens sont nés de plus en plus forts, de complicité, d’amitié.

Le mouvement étudiant, la mémoire, l’histoire

Jean-Philippe a d’abord été un militant étudiant, participant au mouvement Devaquet alors qu’il était en prépa, puis au syndicalisme étudiant à Paris 1 dans PSA (Pour un syndicalisme autogestionnaire) auquel il consacra un article[1], sans oublier son engagement libertaire. Nous nous sommes croisés, rapidement, il était un des acteurs du mouvement à Tolbiac à l’automne 1989, j’assistais aux AG pour y prendre des notes (j’en ai des dizaines de pages) dans le cadre de mes recherches. Et aussi quand – donnant des cours vers Porte d’Orléans, je passais parfois au retour place de la Sorbonne voir des camarades au café l’Escholier. Continue reading ‘Jean Philippe Legois, l’archiviste, l’historien, l’ami’

Mobilisation historique des universités en Argentine

GNV7DPYK3RCAPKHBXDTJE6P7QMPar Yann Cristal – Université de Buenos Aires

La défense de l’université et de l’enseignement public a donné lieu, le 23 avril, à l’une des mobilisations universitaires les plus massives de l’histoire de l’Argentine. C’était la réponse à l’ajustement brutal du gouvernement d’extrême droite de Javier Milei et à sa campagne de mépris de l’éducation publique, de ses étudiants, de ses enseignants et de ses travailleurs.

La mobilisation, qui aurait pu atteindre un million de personnes dans tout le pays, a dépassé la forme d’une expression sectorielle des étudiants universitaires. Des lycéens et même des étudiants d’universités privées, des enseignants de tous les niveaux d’enseignement, des professionnels, des diplômés de tous âges, des syndicats, des organisations sociales et diverses forces politiques y ont également participé. Les universités elles-mêmes et leurs présidents ont également appelé à manifester. À Buenos Aires, la grande mobilisation a occupé toute la Plaza de Mayo, l’Avenida de Mayo et plusieurs pâtés de maisons, et des marches très massives ont eu lieu dans vingt autres villes du pays. Continue reading ‘Mobilisation historique des universités en Argentine’

Mouvement étudiant pour Gaza : entre mobilisation et polémiques

MATE_096Paolo Stuppia et Robi Morder – sur The Conversation du 6 mai 2024

Après les campus américains, le mouvement contre la guerre à Gaza est-il en train de gagner les universités françaises ? L’actualité semble le suggérer : les événements à Sciences Po et une brève occupation de la Sorbonne ces derniers jours ont impulsé une dynamique dans d’autres sites, à Paris comme en province. Après les organisations étudiantes, un syndicat lycéen appelle désormais à l’action pour cette semaine. Ces protestations semblent néanmoins limitées pour l’instant, surtout en comparaison avec ce qui se passe outre-Atlantique.

Un obstacle à la mobilisation, c’est sa temporalité. La période de partiels de fin de semestre (voire de vacances scolaires pour certains établissements) pourrait freiner son amplification. Certes, nul ne peut prédire actuellement son évolution, qui dépendra tant des décisions internationales (comme une attaque israélienne à Rafah) que de mesures internes (fermeté ou non dans la répression de la contestation, ce qui serait susceptible d’élargir la mobilisation). Mais, à l’exception de mai-juin 1968, tous les mouvements étudiants qui ont « pris » en France l’ont fait en dehors des sessions d’examens.

Continue reading ‘Mouvement étudiant pour Gaza : entre mobilisation et polémiques’

Universités russes : protestations et enjeux autour du nom Illyn donné à un établissement

HwR6r6e0jvY

Disons « non » au fascisme à la RGGU

Depuis plus de deux semaines, les membres d’un groupe d’initiative de l’Université d’État des sciences humaines de Russie (RGGU) font campagne contre la décision de donner à l’École politique supérieure de l’université le nom du philosophe Ivan Ilyin : il est considéré comme l’un des partisans du fascisme. et l’inspirateur idéologique de Poutine. L’action des étudiants a reçu une large publicité : à ce jour, selon la chaine indépendante telegram russe, Groza, spécialisée sur l’enseignement supérieur, plus de 28 000 personnes ont signé une pétition. La campagne a été dénigréepar le recteur de l’Université d’État des sciences humaines de Russie, le directeur de l’école Alexandre Douguine et le président de la Douma d’État Viatcheslav Volodine, qui ont accusé les « agents ukrainiens » et le « réseau occidental » d’être responsables de son organisation.  Selon les organisateurs, des étudiants de Moscou, Saint-Pétersbourg, Novossibirsk, Dzerjinsk, Voronej, Volgograd, Tomsk et d’autres villes ont déjà rejoint la campagne. Sur le site de Groza, un article du 17 avril dernier a mené une enquête sur le début de la campagne et ses premiers résultats dans l’article « Orages » que nous publions: « Les étudiants de la RSUH se battent contre la décision de donner à une établissement  le nom d’Ivan Ilyin, un philosophe dont Poutine admire les idées fascistes » (les liens renvoient aux chaines et sites russes)..

17 Avril 2024 Liliya Tchernova

Le 11 avril, la communauté « RGGU contre l’école d’Ilyin » est apparue sur VK. qui a déclenché une campagne contre la décision de la direction de l’université de donner à l’École politique supérieure de l’Université d’État russe des sciences humaines le nom du philosophe Ivan Ilyin, considéré comme l’un des partisans du fascisme et l’inspirateur idéologique de Poutine. Continue reading ‘Universités russes : protestations et enjeux autour du nom Illyn donné à un établissement’

Sophie Béroud, préface à « Histoire de l’UNEF (1971-2001) »

19681204_cr_rencontre_cgt_unef_ihs_Page_1Sophie Béroud est politiste, enseigne et mène des recherches à l’Université Lyon 2, laboratoire Triangle. Elle est une spécialiste du syndicalisme et a accepté de préfacer le livre de Frédérick Genevée et Guillaume Hoibian, Histoire de l’UNEF (1971-2001): du « Renouveau » à la « réunification », collection Germe, coédition Arcane 17 & Syllepse, 2024.

À l’heure où un syndicalisme étudiant fortement affaibli vit de nouvelles recompositions, où des débats stratégiques traversent la CGT sur la pertinence de créer à l’échelle locale des syndicats étudiants, lycéens et apprentis (SELA) liés à la confédération, l’ouvrage coécrit par Frédérick Genevée et Guillaume Hoibian apporte de nombreux éléments de réflexion. En proposant une histoire inédite de l’UNEF, connue à partir de la décennie 1980 comme l’UNEF-SE pour Solidarité étudiante, il comble Continue reading ‘Sophie Béroud, préface à « Histoire de l’UNEF (1971-2001) »’

Réforme de l’enseignement supérieur de l’Ukraine : Subventions et emploi forcé ?

Manifestation étudiante contre la fusion de l'Université nationale de Taurida avec l'Académie de Kiev Mohyla, le 25 janvier 2024. Photo Dmytro Mazur, étudiant et militant de Priama Diia

Manifestation étudiante contre la fusion de l’Université nationale de Taurida avec l’Académie de Kiev Mohyla, le 25 janvier 2024. Photo : Dmytro Mazur, étudiant et militant de Priama Diia

La revue Commons, publication ukrainienne en trois langues (ukrainien, russe et anglais) publie sur son site le 21 mars un article de Mykhailo Samsonenko sur les réformes et les luttes dans l’enseignement supérieur en Ukraine, qui nous a été transmise via Patrick Le Tréhondat par les syndicalistes étudiants de Priama Diia. A savoir: l’enseignement supérieur se partage entre établissements publics et privés. Coexistent en Ukraine deux catégorie d’étudiants, ceux qui sont admis sur le quota des places dites « sur budget » (prises en charge par l’Etat) qui ne paient pas leurs scolarités et ceux qui paient leur scolarité et rentrent « sur contrat ». La répartition des places sur budget par disciplines et par établissements relève de la prérogative du ministère de l’Enseigment supérieur.  Les étudiants qui étudient aux frais de l’État reçoivent une bourse standard si leur note moyenne aux examens de fin de trimestre et au test est d’au moins 4 (système de notation à 5 points) ; cette règle peut être différente dans certaines universités. Dans le cas où toutes les notes sont les plus élevées (5), la bourse est augmentée de 25 %. Pour la plupart des étudiants, le niveau de subvention gouvernementale n’est pas suffisant pour couvrir leurs frais de subsistance de base. R.M.

Depuis l’été 2023, la question des réformes de l’éducation est de nouveau à l’ordre du jour. Nous en entendons parler des autorités centrales et locales, des recteurs d’universités et des médias. Continue reading ‘Réforme de l’enseignement supérieur de l’Ukraine : Subventions et emploi forcé ?’

PSA : Pour un syndicalisme autogestionnaire (1982-1991), parenthèse syndicale ou trait d’union ?

psa autogestionSur le site www.autogestion.asso.fr Jean-Philippe Legois, archiviste et historien des mouvements étudiants, notamment des années 68, coprésident de la Cité des mémoires étudiantes et un des responsables du Germe est décédé lundi 25 mars à Paris. Jeudi 4 avril se sont déroulés ses obsèques. Nous republions en guise d’hommage cet article(*).

L’étude de cette expérience syndicale étudiante que fit PSA est encore à mener. Cet article ne se veut qu’une contribution partielle, voire partiale, visant à débroussailler les axes d’attaque possibles de recherches à venir sur cette organisation étudiante, que l’on pourrait qualifier d’emblée comme un des avatars de l’hypothétique Syndicalisme révolutionnaire étudiant. Ce ne sont donc que quelques pistes proposées par un chercheur, travaillant sur une autre période de l’enseignement supérieur et du mouvement étudiant[1], mais Qui a connu ce syndicat en tant que militant. Aussi est-ce également un petit exercice de mise à distance critique d’une expérience militante vécue. Continue reading ‘PSA : Pour un syndicalisme autogestionnaire (1982-1991), parenthèse syndicale ou trait d’union ?’

Résurrection d’une mémoire : reconstitution d’une histoire, avant-propos au livre de Frédérick Genevée et de Guillaume Hoibian

Derniere-page-numero-7Vient de sortir des presses Histoire de l’UNEF (1971-2001): du « Renouveau » à la « réunification » en coédition Arcante 17 et Syllepse, il est en librairie à partir de la semaine prochaine, présenté dès le 29 février au Maltais rouge (voir agenda du Germe). Après avoir publié en décembre des bonnes feuilles sur cette UNEF et le mouvement de 1986 contre la réforme Devaquet, et un entretien entre Robi Morder et les auteurs, voici l’avant-propos rédigé par les directrice et directeurs de la collection Germe.

« Résurrection d’une mémoire : reconstitution d’une histoire » Ioanna Kasapi, Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder[1]

Le livre de Frédérick Genevée et de Guillaume Hoibian que nous publions dans la collection Germe n’est pas une conclusion, mais une étape dans le travail de reconstitution d’une histoire et résurrection d’une mémoire qui ont failli tomber dans l’oubli.

En effet, la scission de l’UNEF vit à partir de 1971, et pour trente ans, deux organisations se revendiquer d’un même sigle, qu’il fallait compléter pour les distinguer par des appellations complémentaires (Renouveau/Unité syndicale, Solidarité étudiante/ Indépendante et démocratique) Continue reading ‘Résurrection d’une mémoire : reconstitution d’une histoire, avant-propos au livre de Frédérick Genevée et de Guillaume Hoibian’

Document. Ukraine: « Les étudiants sont la force de l’Université », manifeste de Priama Diia

priama diia manifesteA l’occasion du premier anniversaire de sa refondation, dont nous avions publié l’annonce sur notre site[1], Priama Diia nous a adresse ce manifeste, Les étudiants sont la force de l’université, le 9 février 2024 pour qu’il soit porté à la connaissance du public français. (version pdf en ukrainien). Ce manifeste, qui a commencé a être discuté en octobre dernier, a été adopté par leur dernier congrès [2] auquel ont assisté des membres des générations précédentes et des représentants des syndicats étudiants européens. Il s’agit d’un document exposant une vision de la lutte étudiante et une stratégie de construction du syndicat pour 2024, présentée sous une forme condensée Nous saisissons l’occasion pour rappeler que le 24 février 2024 marque le deuxième anniversaire de l’intervention russe en Ukraine, et que dans cette situation les étudiants ukrainiens continuent à vivre, étudier, lutter pour leurs droits (voir les liens en fin d’article[3]. Prima Diia a également édité un zine de 80 pages [4]

MANIFESTE DE PRIAMA DIIA, « LES ÉTUDIANTS SONT LA FORCE DE L’UNIVERSITÉ »

L’avenir de l’Université en tant que lieu de liberté intellectuelle est inconnu. Dans le contexte de la guerre, où les étudiants sont impliqués dans la lutte contre l’impérialisme, y compris au front, l’Université est plus vulnérable que jamais. Nous, Priama Diia, syndicat étudiant indépendant, unissons les étudiants dans la lutte pour une éducation gratuite et de qualité. Les étudiants sont la force vive de l’Université et nous nous sentons responsables de son avenir. Continue reading ‘Document. Ukraine: « Les étudiants sont la force de l’Université », manifeste de Priama Diia’

Élections Crous 2024 : évolutions conjoncturelles ou dynamiques structurelles?

elections-Etudiantes_Article4-700x395

Affiche Cnous/Crous

Quentin Genelot et Robi Morder[1]

Alors que les élections Crous des 6, 7 et 8 février 2024 ont entraîné un pic de participation qui n’avait pas été connu depuis près de 10 ans (8,77%), elles offrent l’occasion de mesurer les effets des récents changements de la structuration de la représentation étudiante d’autant que pour la première fois, le Cnous a mis en ligne les résultats nationaux Crous par Crous[2].

Contexte 

Les élections étudiantes sont un temps central dans la vie des organisations qui prétendent à la représentation des intérêts étudiants. Elles font partie du processus de renouvellement annuel des rapports de force. La représentativité de chaque organisation étant connue selon leurs résultats au Cnous et au Cneser. Les élus Crous désignés par les élections seront appelés au vote en avril prochain en tant que grands électeurs pour voter pour des listes nationales. De ces résultats – et de ceux des élections Cneser de 2023 – est déterminée la représentativité des organisations étudiantes. Continue reading ‘Élections Crous 2024 : évolutions conjoncturelles ou dynamiques structurelles?’